.
Menacés par les mouvements sociaux depuis 2011, les régimes de l’Afrique du Nord (Algérie, Tunisie, Maroc, Libye, Mauritanie, Égypte) ont joué pleinement la carte sécuritaire légitimée par la menace jihadiste dans la bande saharo-sahélienne et se sont engagés dans la voie des restaurations autoritaires. La région Afrique du Nord est tout sauf immobile, en raison des migrations internationales qui la traversent, de ses dynamiques identitaires et de sa jeunesse nombreuse, touchée par le chômage, en lutte pour le changement. Sont analysés ici les ressorts et logiques en œuvre et ce qu’ils dessinent comme avenir pour ces pays. Déconstruisant ce qui est généralement entendu comme région Afrique du Nord versus Maghreb, aussi bien dans sa dimension historique que dans ses usages socio-politiques, l’ouvrage en trace les limites et ouvre sur les redéfinitions en cours aussi bien à travers les contradictions sociopolitiques que les mobilisations populaires qui la traversent.
Emmanuel Alcaraz, historien, agrégé d’histoire et de géographie, associé à Mesopolhis (Sciences Po Aix) et à l’IRMC-Tunis.
Salim Chena, politiste, associé à LAM/Sciences Po Bordeaux
Aïssa Kadri, sociologue, professeur honoraire de l’université Paris VIII. Ancien directeur de l’Institut Maghreb-Europe.
Après trois guerres en l’espace de dix ans, les habitants de la Bande de Gaza survivent dans une précarité socio-économique aggravée par le blocus qui empêche le mouvement des personnes et des biens.
Recensions
En dépit des conséquences dramatiques de cette situation, l’enquête que nous avons menée entre 2008 et 2018 auprès d’une centaine de familles montre que les habitants de Gaza, les Gaziotes, continuent à faire société et même à faire preuve de dynamisme économique. Le conflit s’éternise et la résistance tient dans le concept de résilience qui maintient la vie sociale. Gaza enfermée est l’objet d’une volonté délibérée de séparer, d’enfermer, de punir. Une géographie politique, sous prétexte de sécurité, est fondée sur le principe d’un isolement brutal, systématique. Comprendre l’origine de cette résistance que l’on peut aussi qualifier de résilience sociale est l’objet de ce travail. Question d’autant plus importante que depuis peu, des signes inquiétants se manifestent : usage accru de la drogue, augmentation des violences familiales, vague de suicides, projets de départ des jeunes, et font craindre un basculement. Cela conduit à s’interroger sur les épreuves que vivent les Gaziotes : le manque de travail, l’enfermement, l’exposition au danger, ainsi que sur les ressources sociales et culturelles qu’ils peuvent mobiliser pour y faire face : la solidarité familiale, l’islam du quotidien, l’histoire commune, le sens de l’honneur…
Titulaire d’un master en anthropologie de l’université Temple de Philadelphie, Elena Qleibo-Kogan est docteur en sociologie de l’université Bourgogne-Franche-Comté. Elle est associée de recherche à l’Institut Français du Proche-Orient d’Amman (Jordanie)
Table des matières
Remerciements
Préface
Avant-propos
Pourquoi Gaza ?
Introduction
Le choix de l’objet
Une méthodologie qualitative
Le plan du livre
Chapitre I
La bande de Gaza : histoire et mémoire
L’arrivée des réfugiés palestiniens à Gaza et l’Unrwa : 1947-1949
L’administration égyptienne : 1949-1967
Les Israéliens à Gaza : vingt ans d’occupation et une économie d’intégration 1967-1987
Une économie d’intégration
La guerre de 1973
La première Intifada : fin 1987
Les Accords d’Oslo et la création de l’Autorité palestinienne : 1994
Le blocus comme politique de punition
L’établissement du blocus : 2006
Les trois «guerres»
La « guerre » de décembre 2008 à janvier 2009
La « guerre » de novembre 2012
La « guerre » de juillet 2014 à août 2014
Le blocus et ses conséquences à long terme
La fabrique de l’histoire : du récit au mythe
Chapitre II
Famille et religion
Une société de familles
Un islam du quotidien
Chapitre III
Faire face aux épreuves
III.1 L’épreuve du manque de travail
Les Gaziotes qui ont perdu leur travail à temps plein
Haidar
Mahdi et Hanan
Maher
Abed et Nivine
Salim
Amr
Les Gaziotes dont l’activité s’est réduite
Mo’otaz et Soumaya
Mounir
Wajdi
Ali
Les Gaziotes qui ne travaillent plus, mais conservent leur rémunération
Antar et Suhad
Akram et Abeer
Les Gaziotes qui travaillent, mais doivent partager leurs ressources
Ahmed et Férial
Les Gaziotes qui n’ont jamais connu un emploi stable
Mahran
Mahmud
Khalil
Bara’a
Conclusion
III.2 L’épreuve de l’enfermement
et de l’exposition au danger
La bande de Gaza :
une prison à deux portes (Erez et Rafah)
Le passage d’Erez : la sortie vers Israël
Le passage de Rafah : la sortie vers l’Égypte
Kerem Abu Salem : le seul passage commercial
Des expériences différentes
selon les statuts des personnes
Nahed
Zahra
Ali Sha’arawi
Anis
Nasser
Nazek
Ibrahim
Munira
Samira
Nemer
Conclusion
Conclusion
S’en sortir sans sortir
Bibliographie
Les migrations africaines sont le plus souvent perçues au travers d’un prisme européen, et construites comme un inéluctable mouvement de population du Sud vers le Nord – quand elles ne sont pas simplement présentées comme une « invasion ». Les contributions réunies dans cet ouvrage entendent battre en brèche ce qui n’est, au mieux, qu’une simplification, une marque d’ignorance ou, au pire, un discours politique situé dans le sillage de la méfiance, voire de la haine.
Ce travail collectif n’entend pas faire l’impasse sur les tensions entre marginalisation et intégration des Africain·es au cours de leurs mobilités au sein de leur continent, parfois aussi parsemées de violences multidimensionnelles exercées ou subies. Néanmoins, cette construction de l’Afrique par les Africain·es lient des espaces différenciés via le travail, la technologie, l’habitat, les luttes, l’éducation, les solidarités pour créer tant des lieux que des réseaux qui maillent du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest un continent d’une complexité régulièrement négligée, si ce n’est escamotée.
Cet ouvrage réunit diverses études publiées soit dans la presse soit dans des ouvrages académiques au cours de ces deux dernières décennies. Le fait religieux y est articulé au contexte politique ambiant, tant local, national qu’international.
Plusieurs axes de réflexions concourent à cette compilation : côté cour, les croyances populaires et leur lecture dans le contexte de la polarisation culturelle sur fond de contestations politiques ou de remise en cause des légitimités « révolutionnaires » ; côté jardin, internationalisation des oppositions sur fond de schismes irréconciliables, le tout articulé à des allégeances Nord-Sud dans lesquelles le fait religieux est instrumentalisé à l’échelle de la géopolitique mondiale .
Ainsi les vieilles partitions entre religions monothéistes, comme à l’intérieur de chacune d’elles, notamment dans le camp de l’Islam, trouvent leur traduction à des niveaux d’échelles diverses et hiérarchisées. Diversité des contextes, diversité des lieux,et diversité des champs disciplinaires convoqués constituent la trame fondamentale de cet ouvrage.
Né à Tlemcen en 1940, Nadir Marouf fut administrateur civil au Plan (Alger 1963-66). Il a occupé les fonctions de professeur à l’Université d’Oran (1968-89), directeur de l’URASC (actuellement CRASC) de 1983 à 1989, chercheur associé à Harvard University (1989), professeur titulaire à l’université de Picardie (1991-2009), directeur du CEFRESS (1994-2007). Professeur émérite des universités (2009), il est actuellement professeur contractuel à l’université de Tlemcen.
Alors que les envahisseurs français avaient réussi, en 1843, à écraser la résistance tribale dans le Dahra et l’Ouarsenis grâce à des tactiques brutales de brûlis, le régime colonial continuait à craindre que les paysans des montagnes ne se soulèvent dans une insurrection sanglante, une crainte qui s’est finalement concrétisée lors de la guerre d’indépendance de 1954. La géographie de la région du Chelif, avec la relation étroite entre la plaine et la montagne, un « pays de bandits » naturel, offrait des conditions idéales pour la guerre irrégulière et a été choisie par le Parti communiste algérien (PCA) et le Front de libération nationale (FLN) comme redoute pour leurs forces de guérilla. Les contre-insurgés français, ainsi que les historiens, suivant la formulation maoïste classique du partisan comme un poisson dans l’eau, ont perçu les guérilleros comme étant soutenus par la paysannerie qui fournissait une réserve inépuisable de combattants.
Neil MacMaster est historien. Docteur à l’université de Cambridge depuis 1972, il enseigne, au début de sa carrière, l’histoire européenne. Dès les années 1980, il s’est intéressé à l’Algérie contemporaine et est devenu un spécialiste reconnu de la période coloniale, de la Guerre de Libération, l’émigration et le racisme en France. Il est aujourd’hui maître de conférences honoraire à l’École d’études politiques, sociales et internationales de l’université d’East Anglia (Norwich).
Traduit de l’anglais par Houria Delourme-Bentayeb.
Deux mois après la prise de pouvoir armée du colonel Boumédiène, le numéro 134 de Révolution africaine est saisi puis entièrement recomposé sous l’œil de la Sécurité avant d’être, sans que rien n’en paraisse, distribué dans les kiosques.
Son directeur, l’ancien dirigeant communiste Amar Ouzegane, qui s’y prévalait, documents à l’appui, d’être l’auteur unique de la « Plateforme de la Soummam », est destitué.
L’enquête conduite sur cet épisode de censure aussi audacieux qu’occulte fait retour sur le rôle joué par l’hebdomadaire internationaliste pour ceux qui se voulaient « la gauche du FLN », et sur sa reprise en main par étapes entre 1964 et 1966.
Elle interroge aussi la manière si contradictoire dont le programme adopté à l’été 1956, parfois contesté dans ses principes mêmes, se trouve encore invoqué tant par un pouvoir en mal de légitimité, que par ceux qui y voient, à raison ou à tort, la base d’une refondation démocratique.
Elle éclaire enfin les multiples manières dont s’est perpétuée jusqu’à nos jours la tentation pour les autorités de substituer leur propre parole à la libre expression des journalistes.
Christian Phéline a notamment publié L’Aube d’une Révolution (Margueritte, Algérie, 26 avril 1901) (2012), Un Guadelopéen à Alger, Me Maurice L’Admiral (1864-1955) (2015), Les avocats « indigènes » dans l’Alger coloniale (2017), Aurès 1935, photographies de Thérèse Rivière et Germaine Tillion (2018), La Terre, l’Étoile, le Couteau. Le 2 août 1936 à Alger (2021). il a co-dirigé l’ouvrage franco-algérien Défis démocratiques et affirmation nationale, Algérie 1900-1962 (2016) et co-écrit avec Agnès Spiquel, Camus, militant communiste. Alger 1935-1937 (2017).
Monsieur K survit dans une ville méditerranéenne. Une cité trempée dans le formol. Il est jeune. Il n’est pas spécialement heureux. Il n’est pas malheureux non plus. De toute façon, il n’a pas d’ambition particulière. Il est absent à lui-même. Il observe et attend puisque la vie est déconseillée sous ces latitudes.
Dans un taxi, il a une sorte de révélation. Il doit émigrer. Il va alors entreprendre un périple en quinze stations comme autant de chapitres, chacun portant le titre d’un roman ou d’une nouvelle du maître Franz Kafka.
Il découvrira la solidarité autant que la violence, l’amour et la vanité aussi, l’indifférence beaucoup, mais surtout un vaste champ où chacun doit fournir un effort surhumain pour se déplacer d’une seule case car il faut bien le dire, toutes les cases sont déjà occupées et personne ne vous attend jamais nulle part.
Cette épopée de la migration chez les jeunes des pays du Sud est une véritable comédie humaine où le temps ne s’écoule pas comme ailleurs. Monsieur K va accomplir son parcours mais aussi le raconter. Il manie avec brio une analyse cynique pour ne pas sombrer dans la folie du désespoir

Mohamed Sadoun a été enseignant et directeur d’école. Il est aujourd’hui haut-fonctionnaire. En 2017, il a publié Débâcle (éditions Casbah Alger), prix du roman Mohamed Dib 2018. Il est également l’auteur de Algérie la Nation entravée, un essai analysant le hirak algérien, publié aux éditions de l’Aube en 2019.
Que signifie être serveuse de café dans un quartier populaire à Casablanca ? Au Maroc, la clientèle des cafés situés dans les quartiers populaires est quasi exclusivement masculine et le service à table est réservé aux hommes. L'apparition des femmes serveuses perturbe les normes longtemps admises et respectées tout à la fois au café et dans le quartier dans lequel il se trouve, ce qui impose des négociations au quotidien afin que cette présence soit acceptée.
Au-delà des vulnérabilités derrière la décision des serveuses de s'engager dans un espace d'hommes et dans une activité subalterne, informelle et sous-rémunérée, il existe des logiques, des récits et des vécus que l'autrice a recueillis par le biais d'une ethnographie longitudinale, d'une ethnographie des liens secondaires dans les cafés des quartiers populaires de Casablanca. En adoptant le point de vue des serveuses, elle décrit leurs expériences quotidiennes et ce que signifie pour elles le fait de réaliser un travail d'hommes, dans un univers d'hommes.
Table des matières
Préfaces
Introduction
Autour du café et des Cafés
La grande histoire du café
La fonction sociale du café
Les Cafés dans la ville de Casablanca
Femmes, espace public et métier de service
Le métier de serveur/ serveuse de table
À la découverte des Cafés des quartiers populaires
Trois Cafés
Frontières sociales et frontières symboliques
Proximité, réciprocité, coopération, défi et concurrence
La temporalité du Café
« Que fait cette femme dans le Café ? », question de genre
Les serveuses : des mobilités sociales multiples
Le changement social : de la redéfinition des liens sociaux à la création de nouvelles formes de sociabilité
La serveuse du Café : qui demande et qui s’oppose ?
De la fille qui « traîne » à la serveuse qui travaille
Les serveuses et le nouveau rapport à l’argent
Les serveuses : une catégorie sociale émergente
L’Être et le paraître des serveuses
Les serveuses : des profils, des quotidiens et des aspirations
Conclusion
Glossaire
Que signifie être serveuse de café dans un quartier populaire à Casablanca ? Au Maroc, la clientèle des cafés situés dans les quartiers populaires est quasi exclusivement masculine et le service à table est réservé aux hommes. L'apparition des femmes serveuses perturbe les normes longtemps admises et respectées tout à la fois au café et dans le quartier dans lequel il se trouve, ce qui impose des négociations au quotidien afin que cette présence soit acceptée.
Loin de consister en une description du travail des serveuses au moment de sa réalisation, cet ouvrage propose une immersion dans l'univers du café populaire pour appréhender les interactions entre les gens et entre les genres. Il vise à saisir les frontières à partir desquelles les interactions deviennent parfois évitement et la limite où « faire le service » devient le « bien faire », clé d'une relation personnalisée.
Au-delà des différentes vulnérabilités derrière la décision des serveuses de s'engager dans un espace d'hommes et dans une activité subalterne, informelle et sous-rémunérée, il existe des logiques, des récits et des vécus que l'autrice a recueillis par le biais d'une ethnographie longitudinale, d'une ethnographie des liens secondaires dans les cafés des quartiers populaires de Casablanca. En adoptant le point de vue des serveuses, elle décrit leurs expériences quotidiennes et ce que signifie pour elles le fait de réaliser un travail d'hommes, dans un univers d'hommes.
Sana Benbelli est socio-anthropologue spécialisée dans les études de genre ainsi que les études des marges et des marginalités urbaines. Elle est professeure de sociologie au département de sociologie de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines Aïn-Chock, Université Hassan II de Casablanca et attachée au Laboratoire de différenciation socio-anthropologiques et des identités sociales (LADSIS)
Assassiné le 1er décembre 1916 alors qu’une insurrection de grande ampleur avait soulevé la majeure partie des populations du Sahara et du Sahel contre l’occupant français, Charles de Foucauld a inspiré dès avant sa mort les fabricants de littérature hagiographique. Quelques procureurs leur ont fait face, et ni les uns ni les autres ne se sont beaucoup souciés des faits.
Cet homme dont l’œuvre linguistique est utilisée aujourd’hui encore par tous les spécialistes aura été une figure majeure des études berbères.
C’est à cet aspect de la vie de Foucauld que le présent ouvrage s’intéresse. Les auteurs entendent souligner que l’apport scientifique de l’homme n’est en rien caduc, au point qu’on doit déplorer qu’il soit à ce point ignoré, ou minimisé par toutes les biographies qui paraissent encore.
L’étude historique du « cas » Foucauld doit se poursuivre, et le présent ouvrage veut être une contribution à cette tâche. En historiens que nous essayons d’être, notre rôle n’est pas de déboulonner des statues, ni, du reste, d’en édifier. Et l’image parfois floue que nous avons essayé de recomposer n’est ni tout à fait noire, ni tout à fait blanche.
Table des matières
Contributeurs
Introduction
I. Le voyage au Maroc
Le voyage de Charles de Foucauld au Maroc (1883-1884) : une expérience fondatrice
Foucauld et Mardochée en reconnaissance au Maroc
Le désert vu par Charles de Foucauld Un dessinateur d’une grande finesse
II. Charles de Foucauld dans l'Ahaggar
Foucauld et la société des Touaregs Kel-Ahaggar
L’Assekrem et la station météorologique du Père de Foucauld
Le voyage de Foucauld et Ouksem en France (1913), par Paul Pandolfi
Charles de Foucauld et Paul Embarek, esclave, servant, serviteur (1902-1916), par Jean-Louis Marçot
Foucauld vu par Meynier (1914), par Paul Pandolfi
III. L'oeuvre scientifique
Charles de Foucauld linguiste ou le savant malgré lui, par Antoine Chatelard
Sur les Poésies touarègues de Charles de Foucauld, par Dominique Casajus
La présence des travaux de Charles de Foucauld dans la recherche actuelle, par Dominique Casajus
IV. Actualité de Foucauld
Charles de Foucauld (1858-1916) peut-il être un lieu de mémoire de la nation algérienne ?, par Emmanuel Alcaraz
Charles de Foucauld a-t-il été un pionnier du dialogue islamo-chrétien? par Dominique Casajus
Bibliographie
Assassiné le 1er décembre 1916 alors qu’une insurrection de grande ampleur avait soulevé la majeure partie des populations du Sahara et du Sahel contre l’occupant français, Charles de Foucauld a inspiré dès avant sa mort les fabricants de littérature hagiographique. Quelques procureurs leur ont fait face, et ni les uns ni les autres ne se sont beaucoup souciés des faits.
L’ermite de Tamanrasset avait pourtant suscité quelques authentiques travaux d’historiens, qui depuis deux ou trois décennies ont répandu de lui une image plus humaine que l’icône assez plate accréditée jusque-là par les tâcherons de l’hagiographie, plus complexe que la caricature griffonnée par les procureurs. De portées et d’inspirations très diverses, tous ces travaux s’accordent au moins à reconnaître que, quels que soient par ailleurs ses titres à l’admiration et même à la ferveur, quelles que soient également les réserves qu’il puisse susciter aujourd’hui, cet homme dont l’œuvre linguistique est utilisée aujourd’hui encore par tous les spécialistes aura été une figure majeure des études berbères.
C’est à cet aspect de la vie de Foucauld que le présent ouvrage s’intéresse. les auteurs n’ignorent pas les ambiguïtés du personnage ni son adhésion à des idéaux aujourd’hui caducs. Mais ils entendent souligner que l’apport scientifique de l’homme n’est en rien caduc, au point qu’on doit déplorer qu’il soit à ce point ignoré, ou minimisé par toutes les biographies qui paraissent encore.
L’étude historique du « cas » Foucauld doit se poursuivre, et le présent ouvrage veut être une contribution à cette tâche. En historiens que nous essayons d’être, notre rôle n’est pas de déboulonner des statues, ni, du reste, d’en édifier. Et l’image parfois floue que nous avons essayé de recomposer n’est ni tout à fait noire, ni tout à fait blanche.
Cet ouvrage est l’aboutissement de longues années de travail par le chercheur Nourredine Abdi. Après son décès, à l’initiative de son épouse, son texte, écrit à des périodes diverses, a été relu et harmonisé.
Pour ce livre, on s’est efforcé de servir au mieux le propos, le style et le ton particulier adoptés par l’auteur dans son écriture afin de faire exister cet ouvrage d’une façon qui, on l’espère, lui aurait convenu.
Ce livre, œuvre posthume par conséquent, tenait particulièrement à cœur à Nourredine Abdi car il traite d’un sujet au centre de sa réflexion et de ses recherches, la Méditerranée occidentale.
Il a été enrichi par un récit autobiographique sur l’engagement politique et syndical de l’auteur.
Au regard de l’actualité concernant l’Algérie et de la complexe relation qui lie ce pays à la France, cet ouvrage offre un éclairage érudit et personnel que le lecteur trouvera grand plaisir à découvrir.
Sommaire
Préface
Introduction
I. L'effet de la longue durée dans le cadre d'une aire régionale
II. Réalité et permanence de la Mediterranée occidentale
III. Cadre social, historique, économique
IV. Le Maghreb en quête de mer
V. Méditerranées plurielles
VI. Le Maghreb en conflit
VII. La nouvelle zone des tempêtes
VIII. Dirigisme politique, nationalisations, nationalisme
IX. Le Maghreb écartelé
X. La voie de l'intégration
XI. En quête d'un Maghreb
XII. Perspectives
XII. Récit autobiographique
Postface
Bibliographie
1980, en Kabylie, des manifestations étudiantes éclatent et revendiquent la reconnaissance de la culture berbère niée par le régime. Les populations kabyles rejoignent le mouvement.
C’est la naissance du Printemps berbère, fêté le 20 avril et commémoré, depuis, dans toute l’Afrique du Nord. Dix ans plus tard, 1991, des scénarios de films dialogués en kabyle sont enfin autorisés. Les tournages commencent dans l’euphorie et la mobilisation populaires.
Le présent livre raconte la naissance des premiers films kabyles : leurs thèmes, leurs esthétiques, leurs décors, les utopies des réalisateurs et, aussi, la formidable adhésion populaire qui les a accompagnés.
Ces films dévoilent une culture où les rôles des femmes acquièrent des perspectives inédites, la terre et le territoire des compréhensions nouvelles tandis que la langue découvre les dialogues de films. Ils sont un fragment de mémoire, ancrée dans l’histoire telles les racines d’un arbre mythique, qui remonte vers le monde du visible à travers le cinéma.
Latéfa Lafer est maîtresse de conférences en anthropologie à l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou (Algérie)
Table des matières
Introduction
Chapitre I : Un contexte historique improbable
L’affirmation identitaire dans le cinéma algérien
Chapitre II : Le fait cinématographique
Cinéma amazigh, cinéma algérien : une équation indéterminée
Cinéma amazigh : résistances conceptuelles
Chapitre I : La Colline oubliée
Une société hors-temps entraînée dans la guerre des puissances
Division des espaces et du temps
Chapitre II : La Montagne de Baya
Tragédie de la terre confisquée et résurgence des mythes fondateurs
Représentation mythologique et souffle épique
Résurgence des mythes
Retour au réel historique
Chapitre III : Machaho
L’archaïsme : ogre occulte dans la trame du conte
Machaho, par-delà les lieux et le temps
L’archaïsme campe un personnage occulte
Chapitre I : Du style au discours
Trois démarches distinctes
Chapitre II
De nouvelles articulations dans le cinéma algérien
La langue, la terre et les femmes
Les femmes entre stéréotypes et réalité
Bibliographie
Annexes
1980, en Kabylie, des manifestations étudiantes éclatent et revendiquent la reconnaissance de la culture berbère niée par le régime. Les populations kabyles rejoignent le mouvement.
C’est la naissance du Printemps berbère, fêté le 20 avril et commémoré, depuis, dans toute l’Afrique du Nord. Dix ans plus tard, 1991, des scénarios de films dialogués en kabyle sont enfin autorisés. Les tournages commencent dans l’euphorie et la mobilisation populaires.
Le présent livre raconte la naissance des premiers films kabyles : leurs thèmes, leurs esthétiques, leurs décors, les utopies des réalisateurs et, aussi, la formidable adhésion populaire qui les a accompagnés. Trois fictions : La Colline oubliée, élan militant et représentation sociologique de la Kabylie par Abderrahmane Bouguermouh ; La Montagne de Baya, déploiement des rites cosmogoniques ancestraux par Azzedine Meddour ; Machaho, vision anthropologique de l’archaïsme de la vendetta par Belkacem Hadjadj, émergent tour à tour sur le terrain de l’identité entre 1994 et 1997. Ces films dévoilent une culture où les rôles des femmes acquièrent des perspectives inédites, la terre et le territoire des compréhensions nouvelles tandis que la langue découvre les dialogues de films. Ils sont un fragment de mémoire, ancrée dans l’histoire telles les racines d’un arbre mythique, qui remonte vers le monde du visible à travers le cinéma.
Latéfa Lafer est maîtresse de conférences en anthropologie à l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou (Algérie). Après des études en géologie marine, elle a travaillé quelques années à la Cinémathèque algérienne et s’est passionnée pour le cinéma. Sa thèse de doctorat, soutenue en 2015 à l’université Paris 8, porte sur le cinéma algérien et berbère.
Ce livre retrace, sans prétendre à l’exhaustivité, la période algérienne de Pierre Bourdieu : celle qui va de 1956, date de son arrivée dans le Chéllif, région inhospitalière à la chaleur torride en été et au froid glacial en hiver, à 1961, date de son départ précipité d’Alger, ville en proie au terrorisme urbain. Dans l’intervalle, Pierre Bourdieu a été affecté au Gouvernement général, à Alger, comme attaché militaire dont la mission était de rédiger des notes et divers documents nécessaires à l’administration coloniale. Après sa libération du service militaire, il entame une carrière d’enseignant à la faculté d’Alger et de chercheur à l’Ardess (Association de recherche). Cet autre lieu, l’université, lieu de « science » et de « connaissance », lui offrira la possibilité d’étudier les structures sociales et les pratiques culturelles qui fondent la société algérienne alors dans le collimateur d’une armée coloniale obsédée par sa déstructuration.
Table des matières
Présentation
C 'était en Algérie pendant les années de guerre... Ils ont connu Pierre Bourdieu, soldat et apprenti chercheur
Que signifie : débarquer à Alger ?
Un soldat apprenti chercheur
Enseignant et éveilleur de conscience par la recherche
Inventer un mode nouveau de travailler et de résister
Les libéraux étaient des gens qui estimaient que les guerres coloniales étaient hors de saison
Entretien avec André Nouschi
« On n’avait jamais vu “Le Monde” ; nous étions une petite frange de gauche entre les communistes et les socialistes »
Entretien avec Lucien Bianco
« Depuis, je n’ai jamais pensé que la sociologie doive servir à autre chose »
Entretien avec Alain Accardo
« Il se sentait bien avec nous… Cela signifiait qu’il était de notre bord »
Jean Sprecher
C’était un esprit curieux
Père Henri Sanson
C'était en 1957… Sous la lumière d’Alger que j’ai rencontré un des hommes les plus géniaux et les plus attachants
Bernard Mazaud
« Il était UN parmi les dix ». Autour de l’enquête sur les camps de regroupement dans Le Déracinement
Salah Bouhedja
Retour sur l'Algérie au temps des camps de regroupement. Souvenirs d’un étudiant enquêteur dans l’équipe Bourdieu-Sayad
Jacques Budin
L’autre Bourdieu
Entretien réalisé par Hafid Adnani et Tassadit Yacine
Chronologie des événements historiques (1954-1962)
Lettres à André Nouschi
Documents inédits
Les travaux de Bourdieu sur l’Algérie
Index
Ce livre retrace, sans prétendre à l’exhaustivité, la période algérienne de Pierre Bourdieu : celle qui va de 1956, date de son arrivée dans le Chéllif, région inhospitalière à la chaleur torride en été et au froid glacial en hiver, à 1961, date de son départ précipité d’Alger, ville en proie au terrorisme urbain. Dans l’intervalle, Pierre Bourdieu a été affecté au Gouvernement général, à Alger, comme attaché militaire dont la mission était de rédiger des notes et divers documents nécessaires à l’administration coloniale. Après sa libération du service militaire, il entame une carrière d’enseignant à la faculté d’Alger et de chercheur à l’Ardess (Association de recherche). Cet autre lieu, l’université, lieu de « science » et de « connaissance », lui offrira la possibilité d’étudier les structures sociales et les pratiques culturelles qui fondent la société algérienne alors dans le collimateur d’une armée coloniale obsédée par sa déstructuration.
Ce livre vise à éclairer le lecteur, fût-ce partiellement, sur ce parcours exceptionnel, à partir de témoignages oraux, véritables archives vivantes, émanant de collègues et d’étudiants qui ont côtoyé le chercheur en herbe et partagé avec lui moult angoisses, espoirs et désespoirs dans un climat de tensions politiques dans une guerre de libération, qui avait alors gagné tant le monde rural que le monde urbain, comme l’a illustré la bataille d’Alger en 1957.
Directrice d’études à l’EHESS et chercheure au Laboratoire d’anthropologie sociale (LAS), directrice de la revue AWAL, Tassadit Yacine a consacré de nombreux travaux à la compréhension des mécanismes de domination dans les sociétés anciennement colonisées d’Afrique du Nord.
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