Dans un monde à la recherche d’alternatives aux impasses et prédations libérales, l’Économie sociale et solidaire (ESS), à travers ses formes coopératives, mutualistes et associatives, est riche de deux siècles d’innovations sociales et d’engagements citoyens.
Il s’agit dans cet ouvrage de montrer comment ces diverses formes ont façonné notre monde et portent aujourd’hui les initiatives transformatrices des nouveaux mouvements sociaux. Démocratie dans l’entreprise, défense des droits, émancipation des femmes, batailles pour le logement, pour l’environnement, maîtrise des nouvelles technologies… tous ces combats s’appuient sur des initiatives d’Économie sociale et solidaire.
Du philosophe et économiste du XIXe siècle Henri de Saint-Simon aux combattantes kurdes du Rojava en Syrie, des premières associations aux nouvelles interventions coopératives, l’ESS n’est pas une proposition subsidiaire, une économie de la réparation, mais, se fondant sur l’éducation populaire, un ensemble de dynamiques démocratiques d’émancipation.
Jean-Philippe Milesy est militant de l’Économie sociale et solidaire depuis plus de 40 ans. Il a été notamment secrétaire général du Collège coopératif (Paris), conseiller à la Délégation interministérielle à l’Économie sociale, co-fondateur du mensuel Le Monde Initiatives. Auteur de ESS et mouvement syndical (éd. Alternatives économiques ») et d’un Petit précis d’histoire sociale de l’Économie sociale, collaborateur de nombreuses publications sur les sujets de l’ESS, il est aujourd’hui secrétaire général de l’Institut Polanyi (France).
L’ESS, L’ECONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE
Un livre de Jean-Philippe Milesy
gustave massiah
novembre 2023
Un livre bienvenu sur l’ESS, l’économe sociale et solidaire. « ESS, L’économie sociale et solidaire, dynamiques d’innovation et d’émancipation » de Jean Philippe Milesy, aux Editions du Croquant[1]. L’auteur, immergé dans l’économie sociale et solidaire, à travers de multiples engagements, souligne les réalités de l’ESS et son histoire récente, sans en cacher les difficultés. Il souligne l’importance de l’ESS, par rapport au capitalisme, d’un double point de vue : en tant que mouvement de résistance au néolibéralisme et en tant que perspective d’alternative à l’entreprise capitaliste et au capitalisme. Il explore ainsi des pistes pour l’avenir. Le livre propose une présentation très complète de la situation de l’ESS en France, avec des éclairages internationaux. Il s’appuie sur une connaissance fine et précise de l’histoire de l‘ESS, de ses acteurs, de son actualité et de se problèmes. Il aborde frontalement les grandes tendances, les questions posées et les perspectives d’avenir de l’ESS.
L’histoire, la situation et les possibles évolutions du capitalisme ne peuvent pas être compris si on ne prend pas en compte les luttes qui s’y sont opposées. C’est la réponse aux luttes pour l’émancipation qui construit le capitalisme, qui révèle ses contradictions, qui permet de comprendre son évolution. L’ESS s’est construite au départ comme une contre-tendance au capitalisme dans ses différentes acceptations : foncier, privé, industriel, monopoliste, financier, néolibéral. Le capitalisme a répondu à sa contestation par les répressions, par la marginalisation et par la récupération. Il a innové pour répondre à ces contestations. Cette résistance prend différentes formes dès le début du capitalisme. Elle s’organise et devient visible avec la première internationale. L’ESS y contribue et en est profondément marquée.
L’ESS se définit à partir de ses différentes composantes : les coopératives, les mutuelles, les associations. Elles partagent des valeurs communes : la libre association, l’égalité et la solidarité, la démocratie et la responsabilité conjointe. L’ESS se donne pour objectif la transformation sociale et l’émancipation, en rupture avec le capitalisme et ses différentes formes, notamment la dernière en date, le néolibéralisme. J-Ph Milesy examine les définitions de l’ESS et de l’innovation sociale. Il commence par un historique et rappelle les formes et les évolutions de l’économie sociale et solidaire. Il présente les adaptations et la modernité de l’ESS, en opposition avec la modernité néolibérale et le trompe l’œil caractéristique des innovations. Il examine ensuite comment entreprendre en ESS et les problèmes soulevés par l’explosion numérique. Il aborde les questions soulevées par les pratiques de transformation et d’émancipation de l’ESS. Il conclut sur les menaces, les injonctions et les espoirs de l’ESS, sur le rapport avec les nouveaux mouvements sociaux, les collectivités publiques, l’Etat et sur les ouvertures à partir des communs et des territoires.
Dès l’introduction, l’auteur rappelle l’importance des mots. Les mots réforme, libéral, mutuelle, innovations ont polysémiques ; ils caractérisent des actions nouvelles et des récupérations. Le contexte est aussi contradictoire ; les fondements démocratiques sont sapés par le libéralisme, la financiarisation, les multinationales, les fonds financiers. L’insoutenabilité économique, sociale, environnementale et démocratique du capitalisme s’impose
L’auteur rappelle les trois formes principales de l’ESS : le mutualisme, avec la prise en charge collective et solidaire des risques et de la réparation ; le coopérativisme avec l’égalité dans l’entreprise ; l’associationnisme avec l’action collective. Ce sont toujours des initiatives citoyennes.
Il faut rappeler l’importance de l’ESS, en France et dans le monde. Elle représente en France 8 à 10% du PIB et 14% de l’emploi salarié. Elle mobilise, en France, 2 millions de salariés (1,5 millions d’équivalents temps plein), et 12,5 millions de bénévoles. Elle compte 1,4 milliards de personnes dans le monde. Les banques coopératives, les mutuelles de santé et d’assurance mobilisent des fonds considérables.
Et pourtant, le poids politique de l’ESS est marginal. Les rapports à l’Etat ne sont jamais faciles ; ils se heurtent à la définition même de l’ESS pour qui « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». Le capitalisme ne supporte pas la concurrence, le principe de l’égalité et l’inutilité des actionnaires. Il restreint le champ de l’ESS et joue la carte de la récupération en jouant la complicité des chefs d’entreprise et en développant la nouvelle philanthropie libérale. L’auteur rappelle la formule d’un des dirigeants du capitalisme « Vous explorez, nous exploitons ! »
Le premier chapitre, « considérer l’histoire », rappelle les fondements historiques de l’ESS. Il rappelle la première révolution industrielle et le nouvel ordre libéral, et en parallèle, les sociétés de secours mutuel et les associations ouvrières de production, les coopératives de consommation, de crédit qui accompagnent les débuts du capitalisme. Il insiste sur l’éducation populaire et l’associationnisme.
L’auteur propose une galerie des portraits des novateurs sociaux. On y retrouve, au 19ème siècle, Saint Simon et les saint simoniens, les socialistes utopistes, Proudhon, Fourier, Pierre Leroux, Godin. On y retrouve Eugène Varlin et les dirigeants de la Commune, Fernand Pelloutier et les bourses du travail, Elisée et Elie Reclus, et aussi Elie Faure, leur neveu, et son Histoire de l’Art qu’il destine aux ouvriers. On y retrouve Marx et Bakounine. Et Charles Gide, Pierre Waldeck-Rousseau, Léon Bourgeois, Jean Jaurès. On y retrouve aussi, parmi les femmes qui ont droit de cité, Elisa Lemonnier, Jeanne Deroin, Nathalie Lemel.
Il reste à écrire l’histoire croisée de l’ESS et de la 1ère Internationale un moment fondateur de l’évolution politique contemporaine[2]. En 1848, c’est le « Printemps des peuples », un ensemble de révolutions contre les empires monarchiques. Ces mouvements révolutionnaires expriment la volonté d’émancipation démocratique des couches populaires urbaines et rurales – les « damnés de la terre », les « forçats de la faim » –, animées par une nouvelle classe sociale en plein essor, le prolétariat qui, désormais, lutte en fonction de ses propres intérêts. D’où la création de l’Association internationale des travailleurs (AIT) à Londres le 28 septembre 1864, reconnue comme la 1ère Internationale. À ses débuts, la Première Internationale ne regroupe que des petits groupes : syndicalistes, socialistes, mutualistes, anarchistes, républicains, blanquistes et communistes. Peu à peu, l’idée se répand, se transforme, s’adapte aux différents contextes nationaux. L’AIT s’enracine dans plusieurs pays. Surtout, les masses laborieuses insurgées réinventent l’exercice du pouvoir politique en proclamant la Commune de Paris.
La Première Internationale, l’AIT, a regroupé des mouvements divers, des associations, des corporations de métiers, des mutualités, des syndicats, des formes primitives de partis. Elle a été le creuset d’unification de ces différents mouvements. Elle se réfère aussi à des mouvements historiques qui l’ont précédé. Explicitement, elle accorde une grande importance à la Révolution française de 1789 et 1793. Elle est aussi imprégnée par la révolution des nationalités de 1848. Elle invente l’expression historique du mouvement ouvrier. Dans l’histoire des mouvements populaires, la Première Internationale, n’est pas le point d’origine, mais un moment particulièrement important et fondateur. Elle donne son sens politique au mouvement ouvrier qui joue un rôle symbolique et emblématique pour tous les mouvements sociaux contemporains. Les coopératives, les mutuelles et les associations jouent un rôle majeur dans la construction de l’ESS.
Le deuxième chapitre rappelle les évolutions de l’ESS. Les innovations sont nombreuses, les pratiques mutualistes explorent de nouvelles possibilités. Ces pratiques nouvelles sont reprises par les marchés et développées par des acteurs en tant qu’activités capitalistes soumises aux lois du marché. Les mutuelles qui ont contribué à la définition de la Sécurité Sociale sont impactées par l’évolution du système de santé ainsi que par l’extension du marché de l’assurance. Les coopératives ouvrières sont restreintes par les lois du marché et la violence des marchés des capitaux. La coopération agricole développe, les CUMA (machinisme agricole), les coopératives bovines et maraichères qui se subordonnent aux lois du marché agricole. Les coopératives d’habitat sont subordonnées aux difficultés de l’habitat social. Les associations gagnent un cadre juridique avec la loi du 1er juillet 1901. Cette loi ne crée pas les associations, elle précise les droits des associations et les encadrent. Un important mouvement coopératif se développe dans les domaines de la culture et de l’éducation populaire.
Le livre rappelle le développement récent de formes parallèles qui accentuent l’intégration de l’ESS aux lois du marché capitaliste. Les Fondations prétendent se différencier des entreprises en n’étant pas subordonnées au profit. Mais elles dépendent des capitaux de leurs fondateurs quand elles ne sont pas créées au service de grandes entreprises. La philanthropie parade. Elle a été bien définie par Paul Lafargue, le gendre de Marx quand il disait : « La philanthropie, c’est voler en grand et restituer en petit ». L’entreprenariat social et le social business ont le plus grand mal à se distinguer de la logique des entreprises capitalistes et de la logique des marchés et particulièrement des marchés de capitaux. Les possibilités de créer des formes nouvelles indépendantes de cette logique ont beaucoup de difficultés et voient leurs capacités restreintes et contrôlées. C’est par exemple le cas des comités sociaux et économiques des entreprises (CSE). C’est aussi le cas des institutions de prévoyance qui ont participé à l’ouverture des complémentaires-santé. Dans tous les cas, la différence tient à la gestion démocratique, à l’égalité. L’auteur rappelle quelques novateurs et novatrices de l’ESS au 20ème siècle.
Le troisième chapitre s’intéresse aux adaptations et à la modernité. La situation est caractérisée par la montée des inégalités, la dégradation des conditions de vie et de travail et les paniques écologiques. L’inégalité est présentée comme créatrice, comme la source supposée du progrès et de l’innovation. Les « habits neufs du capitalisme », magnifiés par les médias et les grands intérêts financiers, mettent en avant les innovations sociales. L’ultra libéralisme et le consensus de Washington remettent en cause le monde ancien, celui de l’Organisation Internationale du Travail, de la protection sociale, de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et des Nations Unies. C’est le règne qu’Alain Supiot qualifie de « gouvernance par les nombres »[3] ; le vieux rêve occidental d’une harmonie fondée sur le calcul. Un projet scientiste conforme à la « globalisation ». C’est la recherche d’une loi fondée sur des objectifs mesurables plutôt que sur des lois justes. La garantie d’une loi s’appliquant également à tous cède le pas à un monde dominé par les liens d’allégeance.
La modernisation supposée consiste à faire définir et financer les projets d’utilité sociale par des entreprises privées. Le droit à la formation est transformé en droit d‘entrée sur le marché de la formation. Il se traduit par le compte personnel de formation individualisé, par les rémunérations dites au mérite et le recul des conventions collectives. En 2019, La loi PACTE (plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises) est une innovation sociale en trompe l’œil. On invente les entreprises à mission ; elles sont soumises d’abord aux intérêts des actionnaires comme on peut le constater avec l’exemple d’une entreprise à mission, le second groupe international d’EPAHD.
Le quatrième chapitre aborde interroge les leçons tirées de la volonté d’entreprendre en ESS. Il explore les différences qui devraient exister entre les entreprises ESS et les entreprises conventionnelles. Les entreprises conventionnelles ont le profit pour principe, comme le précise le code civil. Les profits nets, après investissement, rémunèrent les actionnaires, les porteurs de part, le chef d’entreprise. Une entreprise de l’ESS est une entreprise de personnes et non de capitaux. C’est un projet collectif. Le principe est fondé d’abord sur l’égalité, sur : une personne, une voix. Il s’agit d’entreprendre autrement. La recherche, l’optimisation des résultats, y compris financiers, est nécessaire pour la pérennité de la structure, pour la raison d’être des adhérents au pacte social et pour les publics bénéficiaires directs et indirects. Les résultats ne devraient pas être acquis aux dépens des principes de l’ESS, égalité, solidarité, démocratie, non-lucrativité. Alors que tout l’environnement pousse à s’en affranchir.
Les entreprises de l’ESS sont confrontées au modèle des entreprises classiques, une veille constante est nécessaire pour ne pas les adopter. Ce modèle de l’entreprise capitaliste se présente comme le seul possible. Ainsi, le MEDEF n’hésite pas à affirmer que la concurrence est faussée parce que les entreprises de l’ESS n’ont pas d’actionnaires à rémunérer. Dans cet environnement, la dérive gestionnaire tend à substituer une gouvernance aux statuts démocratiques. Le modèle dominant pèse sur les formes du travail. La salarisation succède aux engagements bénévoles. L’emploi, les conditions de travail et les salaires se sont dégradés dans le secteur associatif. Les formes et les règles définis par les DRH (Direction des Ressources Humaines) s’imposent dans la gestion des personnels. Les jeunes cadres sont formés suivant les règles des diplômés de MBA (Master of Business Administration) qui ont été imposées dans tous les enseignements de l’économie en référence à un modèle unique de l’entreprise. Ceux qui s’y opposent, comme les économistes atterrés sont marginalisés. Penser autrement l’entreprise et la société, entreprendre autrement, est combattu et marginalisé.
Le livre aborde longuement les questions posées à l’ESS par l’irruption du numérique. Il le considère comme un pharmakon, à la fois remède et poison. Le progrès, les tensions, l’envahissement de la vie percutent et impactent l’innovation sociale. Les conséquences sont considérables, à l’image des bouleversements qui avaient suivis l’invention de l’écriture ou celle de l’imprimerie. Ce qui est en cause, c’est moins le progrès technique que les conditions de son développement. Les géants du net et plus particulièrement les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, et Microsoft) démontrent la contradiction entre la réalité économique et le discours de la concurrence libre et non faussée. A l’innovation et à l’invention libre succèdent les nouveaux monopoles et les entreprises géantes. Les militants opposent à cette évolution, à l’exemple des logiciels libres, de Linux, sans parvenir à enrayer le déferlement des nouveaux oligopoles.
L’innovation numérique se présente comme une innovation sociale. Le numérique des grandes firmes et la marchandisation totale du monde caractérisent une nouvelle phase du capitalisme. On en voit les applications dans tous les domaines, des applications médicales ou architecturales jusqu’aux systèmes de surveillance. On en voit aussi les conséquences sur la désinformation, sans compter les conséquences écologiques et la réduction interactions sociales. L’accès aux services publics, voire aux droits sont impactés. La gouvernance par les nombres et les approches statistiques imposent une autre réalité. Le capitalisme numérique se substitue aux solidarités et aux approches collectives ; il favorise les replis identitaires. Comme le disait Ivan Illitch, la corruption du meilleur engendre le pire. Les entreprises de l’ESS sont-elles capables de se différencier dans leur appropriation du numérique ?
Le cinquième chapitre aborde les pratiques de transformation et d’émancipation. L’ESS répond à des nécessités, construit la solidarité, revendique la démocratie. Elle cherche à renouveler le rapport entre travail et emploi. Le livre cite les exemples de mise en œuvre à travers les associations, l’insertion par l’activité économique, les régies de quartier, les territoires « zéro chômeurs de longue durée ». Il cite les expériences récentes, les CAE (Coopérative d’activité et d’emploi) dont plus de 150 créées depuis la loi de 2014, et la création, en 1998, de la coopérative Smart en Belgique avec 30 000 coopérateurs. Il rappelle la création, par la loi de 2001, des SCIC (société coopérative d’intérêt collectif) qui développent le multi-partenariat et la dimension territoriale en associant les collectivités locales au mouvement coopératif.
Il cite aussi l’importance du développement des tiers-lieux et des aménagements de « coworking » dans des immeubles de centre-ville.
Le livre rend visible le mouvement des interventions sociales et sociétales. Il rappelle l’importance des interventions innovantes, militantes, bénévoles ou professionnelles, portées par des entreprises de l’ESS. Il rappelle des initiatives du mouvement des femmes, du droit au logement, de la démocratie sanitaire et des coopératives de santé, de la solidarité avec les migrants, de la solidarité internationale, de la défense de l’environnement, de l’éducation populaire et de la culture. Il rappelle les apports de l’ESS aux collectivités et aux services publics, la complémentarité avec le service public. Il rappelle le lien entre l’ESS et les grandes entreprises publiques à travers la création, à la suite du désengagement de l’Etat, de Railcoop et de Enercoop. L’ESS se situe, par rapport au désengagement de l’Etat, entre Etat et marché, entre économie administrée et économie capitaliste. Elle rappelle que le marché capitaliste n’est pas l’horizon indépassable et que, comme l’affirme le mouvement altermondialiste, le droit ne peut pas être réduit au droit aux affaires.
J-Ph Milesy achève le livre par une longue « Non-conclusion ». Il rappelle la continuité de l’ESS. Avant de développer les éléments d’espoir pour une ESS, il rappelle les déceptions, les menaces et les injonctions. Les déceptions viennent de la fermeture des perspectives ouvertes par la crise du capitalisme financier en 2008 et par la crise de la pandémie en 2020 qui avait pourtant, devant la nécessité, ouvert des pistes en matière de la reconnaissance du droit à la santé et du droit au revenu. Les menaces ont concerné la mutualité avec la crise de la Sécurité sociale, sans réelle concertation entre les syndicats et l’économie sociale. Les menaces sur les associations sont extrêmement fortes. Les évolutions libérales des sociétés affichées avec violence, la réduction des financements, les procédures excluantes des appels d’offres, l’instrumentalisation des associations, le libéralisme autoritaire, la tutelle politico-financière des associations. L’entreprenariat social est soutenu par le capitalisme et l’Etat pour concurrencer l’ESS, la détourner de sa référence à l’égalité. L’Etat se réfère au marché et tourne le dos à la solidarité et à la démocratie sociale. Les injonctions à l’ESS mettent en évidence le manque de coopération et de mutualisation, le manque d’association et d’action commune entre les composantes de l’ESS, les coopératives, les mutuelles et les associations.
JPh Milesy insiste sur la nécessité de comprendre l’alternative émancipatrice de l’ESS en combattant l’imprégnation libérale de tous et de chacun. Il rappelle l’importance de l’ESS en matière d’emploi, d’activité, de poids économique et son poids politique marginal. Il rappelle les espoirs, l’éducation populaire, l’engagement de l’ESS au sein des territoires, le niveau local, les municipalités, la volonté de vivre et de travailler au pays tout en respectant la liberté de circulation et d’installation des personnes. II rappelle les pistes ouvertes, les monnaies locales citoyennes, les nouvelles solidarités concrètes. Il insiste sur l’importance de l’écologie à l’heure du capitalocène. Il évoque les communs, les voies nouvelles d’émancipation, le bilan sans concession du communisme d’Etat. Il renouvelle la référence à l’universel en se référant au « pluriversel » de Edouard Glissant et aux Forums Sociaux Mondiaux.
Il souligne le renouvellement de la pensée à travers les travaux de Bruno Frère et Jean Louis Laville[4] ; de Thomas Coutrot et Julien Lusson (les ateliers travail et démocratie)[5], de Timothée Parrique[6] et Karl Polanyi [7]. Il insiste sur des engagements nouveaux ou ré-émergents, les femmes, les jeunes, les changements culturels. Il conclut en citant notamment le mouvement du Rojava qui renouvelle le municipalisme autour du mot d’ordre : femmes, écologie, démocratie.
Le capitalisme est en crise, mais il est toujours dominant. Le pouvoir est d’abord aux mains des actionnaires. Le marché est d’abord un marché capitaliste. La dernière phase du mode de production capitaliste, la phase néolibérale, a imposé sa stratégie : marchandisation généralisée, privatisation, financiarisation. Cette stratégie caractérise la phase actuelle de la mondialisation. Le marché a laissé à l’Etat le pouvoir régalien, le pouvoir d’imposer le marché capitaliste dans ses frontières. Cette combinaison du marché et de l’Etat laisse peu d’espace à la démocratie. Les autoritarismes s’imposent dans toutes les parties du monde. Les risques de guerre sont de plus en plus présents. L’ESS a été combattue, contrôlée, subordonnée. Elle a résisté et survécu. Aujourd’hui, elle est confrontée à une entreprise de récupération de très grande ampleur. Peut-elle échapper à la récupération, ouvrir de nouvelles perspectives ? Peut-elle participer à de nouveaux possibles sur la route de l’émancipation ?
L’ESS a cherché à résister au rouleau compresseur du capitalisme. Elle a cherché à préserver un ilot pour rappeler, avec entêtement, l’importance des valeurs de solidarité et d’égalité. Elle doit faire face à de nouvelles tentatives de récupération encore plus dévastatrices qui tentent, compromis après compromis, de la détourner de ses valeurs fondatrices et d’accepter de se plier aux lois du marché capitaliste. En fait, la survie, même dans le capitalisme, n’est pas négligeable mais elle ne suffira pas à sortir de l’impasse. L’avenir de l’ESS est de se situer résolument dans la perspective de l’alternative, du dépassement du capitalisme. Pour cela, il faut s’interroger sur les évolutions et les ruptures possibles.
Il est probable que nous vivrons le passage à une nouvelle phase du mode de production capitaliste, comme entre 1914 et 1945, la rupture avec le passage au capitalisme fordiste et keynésien, à partir de 1929, avec le New Deal. L'hypothèse du passage à une nouvelle phase du mode de production capitaliste est très probable ; elle est amorcée avec les nouvelles formes de production, notamment le numérique. Elle est aussi interpellée par les changements dans les classes principales. Nous en avons quelques pistes. Dans la classe dominante, par la contradiction entre la financiarisation de la bourgeoisie et la culture des nouveaux dirigeants, cadres et managers du numérique ; et par la généralisation de l’éducation secondaire dans le monde. Dans la classe ouvrière, par la contradiction entre l'évolution des formes du salariat et le précariat.L’hypothèse n’est peut-être pas seulement celle d’un changement de phase du capitalisme. Immanuel Wallerstein avance l’hypothèse qu’il s’agit d’une crise structurelle qui met en cause les fondements du mode de production capitaliste[8]. Il considère que le mode de production capitaliste est épuisé et que dans les trente prochaines années, il ne devrait plus être dominant. Mais, cette crise du capitalisme ne déboucherait pas sur le socialisme. C’est un autre mode de production, inégalitaire mais différent qui lui succéderait. Dans cette hypothèse, le capitalisme ne disparaîtrait pas, mais il ne serait plus le mode de production dominant dans les formations sociales, un peu comme l’aristocratie n’a pas disparu en laissant la première place à la bourgeoisie. De nouvelles classes sociales principales seraient en gestation dans nos sociétés. Le nouveau prolétariat viendrait du précariat et associerait les précaires et certaines formes du salariat. Les nouvelles classes dirigeantes pourraient être issues des techniciens et des cadres comme on peut le voir à travers les mutations sociales entrainées par le numérique. Les bourgeoisies parasitaires et rentières ne seraient plus dominantes et pourraient laisser la place à de nouvelles classes dirigeantes. Le néolibéralisme pourrait être toujours présent, mais ne serait plus complètement dominant. Il a déjà perdu une large part de sa légitimité et il a besoin de durcir ses moyens de répression pour maintenir son pouvoir.
Quelle que soit l’hypothèse, celle du passage à une nouvelle phase du mode de production capitaliste ou celle du passage à un nouveau mode de production, les changements seront considérables et se traduiront par des années de transition marquées par des bouleversements sociaux et idéologiques. Les conséquences seront considérables au niveau de l’écologie et du changement climatique, au niveau social pour les inégalités et les discriminations, au niveau des guerres et de la nature des régimes politiques, au niveau de la définition même des démocraties.
L’ESS doit s’inscrire dans les débats sur les luttes et les défenses contre le capitalisme ? Quel dépassement du capitalisme ? Les enjeux de la nouvelle révolution se précisent : la définition de nouveaux rapports sociaux et culturels ; de nouveaux rapports entre l’espèce humaine et la Nature ; la nouvelle phase de la décolonisation ; la réinvention de la démocratie. L’économie sociale et solidaire y a toute sa place.
[1] Jean-Philippe Milesy. ESS, L’économie sociale et solidaire, dynamiques d’innovation et d’émancipation, Editions du Croquant, Paris 2023
[2]. Gustave Massiah, L’AIT et le mouvement altermondialiste contemporain : parcours croisés, dans L’internationale sera le genre humain, Editions M, Montréal, Aout 2015
[3] Alain Supiot « La gouvernance par les nombres » cours au Collège de France, Fayard
[4] Bruno Frère et Jean Louis Laville, « La fabrique de l’émancipation », Paris, Editions du Seuil, 2022
[5] Thomas Coutrot et Coralie Perez, Redonner du sens au travail, une alternative révolutionnaire, Paris, Editions du Seuil, 2022
[6] Timothée Parrique, « Ralentir ou périr, l’Economie de la décroissance », Paris, Editions du Seuil, 2022
[7] Karl Polanyi, « La grande transformation », Paris, Editions Gallimard, première édition 1983
[8] Immanuel Wallerstein, avec Randall Collins, Michael Mann, Georgi Derluguian et Craig Calhoun, Does Capitalism Have a Future?, Oxford University Press, 2013 et Immanuel Wallerstein, "Préface "Dilemnas of the Global Left" to Gustave Massiah, Strategy for the Alternative to Globalisation, Montréal, New-York, London, Black Rose Books, 2015
De la mobilisation des gilets jaunes à la pandémie, de la réforme des retraites aux polémiques sur le séparatisme, de l’incendie de Notre-Dame à la mort de Johnny Halliday, de l’assaut du Capitole à la crise ukrainienne, Denis Sieffert a décrypté semaine après semaine les événements, tous chargés de sens, qui ont marqué la présidence Macron. Au fil de l’actualité, il interroge la personnalité et la fonction historique de ce président né à la politique sur la dépouille du parti socialiste, et qui rêve de pousser jusqu’au bout la logique libérale. À l’écart de l’écume médiatique, l’auteur propose une grille de lecture engagée, délibérément sociale, pour mieux comprendre les ressorts d’une époque inquiétante, avec ses inégalités abyssales, ses violences, une extrême droite conquérante, des tensions internationales et, par dessus tout, une terrible perte de confiance dans la parole publique. Il n’épargne pas non plus la gauche dont la crise est devenue l’arme principale de Macron et de ses semblables.
Table des matières
Introduction
La crise grecque ou la gauche interdite
Cette présidentielle qui dévore tout
Une jacquerie par les urnes
États-Unis : une campagne obscène
Monde d’hier et de demain
La gauche et la victoire de Trump
Rastignac à l’Élysée
En marche… arrière
Johnny, quand même…
Gaza, un désastre moral
Macron, ou l’ art du double langage
Leçons italiennes
Uniformité contre égalité
Variations abusives sur le thème de la paix
Un sondage inquiétant
Un moment d’ivresse
Mélenchon et nous
La stratégie du pourrissement
Une société malade
Le temps de toutes les confusions
Quand l’Histoire brûle
Indépendants et engagés
Ces ventes d’ armes scandaleuses
Un besoin d’espoir
La conscience et la loi
Inventaire à la Prévert
Deux affaires révélatrices
Le pari russe de Macron
Mémoire et oubli
L’ autre face de la radicalisation
Violences sociales et déni de réalité
Un message positif
Cinéma à l’Elysée
Une crise globale
Le système et ses zélateurs
Faux rebelle, vrai démagogue
Politique à l’envers et verticalité du pouvoir
De Minneapolis à Bondy
Quand Macron décrète la fin de l’Histoire
Un mauvais débat au mauvais moment
Trump et le délire complotiste
Le crime et le rituel
Silence dans les rangs
Les leçons de Donald Trump
De la crise de la police à la crise politique
Légion de déshonneur
Trump et ses fachos
L’effet Navalny
Apartheid vaccinal
Ce que dit le débat sur l’islamo-gauchisme
Le mauvais procès fait à l’Unef
Un système opaque
Devoir de vigilance
Cette guerre coloniale qu’il faut nommer
Traiter les vraies causes du conflit
Les ambiguïtés de Mélenchon
La tragédie de Mila
Petites et grandes causes de l’ abstention
Les déboires judiciaires de la macronie
Ce que révèle l’ affaire des sous-marins
De quoi « Nanard » a été le nom
17 octobre 1961 : un acte de guerre
Le nucléaire, énergie du passé
Le périlleux voyage de Macron à Moscou
De la mobilisation des gilets jaunes à la pandémie, de la réforme des retraites aux polémiques sur le séparatisme, de l’incendie de Notre-Dame à la mort de Johnny Halliday, de l’assaut du Capitole à la crise ukrainienne, Denis Sieffert a décrypté semaine après semaine les événements, tous chargés de sens, qui ont marqué la présidence Macron. Au fil de l’actualité, il interroge la personnalité et la fonction historique de ce président né à la politique sur la dépouille du parti socialiste, et qui rêve de pousser jusqu’au bout la logique libérale. À l’écart de l’écume médiatique, l’auteur propose une grille de lecture engagée, délibérément sociale, pour mieux comprendre les ressorts d’une époque inquiétante, avec ses inégalités abyssales, ses violences, une extrême droite conquérante, des tensions internationales et, par dessus tout, une terrible perte de confiance dans la parole publique. Il n’épargne pas non plus la gauche dont la crise est devenue l’arme principale de Macron et de ses semblables.
L’ascension d’Éric Zemmour sur la scène politico-médiatique repose sur le mythe d’un homme érudit et du côté du « peuple ». Il serait « cultivé », contre les « élites », « républicain », et pourrait restaurer la « grandeur perdue » de la France. Cet essai prend le parti de réduire à néant toutes ces affirmations, et bien d’autres, par une analyse intégrale de l’œuvre du polémiste.
L’exercice est inédit. La vérité d’un « intellectuel » ne se trouve pas dans ce qui se dit de lui, il faut donc passer au crible ses essais et ses romans pour cerner sa pensée et ne pas tomber dans le piège de la « petite phrase ».
Est-il cultivé ? Charly Salkazanov dévoile l’imposture ! Inventeur du « populisme lettré », Éric Zemmour tourne comme un poisson dans un bocal en usant toujours des mêmes citations d’un ouvrage à un autre, quand il ne recycle tout simplement pas ses bonnes pages.
Cet homme pourrait être notre prochain Président…
Recensions
Introduction
Chapitre 1. Le tombeau d’un héraut
Chapitre 2. Sa vision de la société : des théories sur le genre « mâle » inspirées
Chapitre 3. Sa vision de l’étranger : « diviser pour régner »
Chapitre 4. Sa méthode pour conquérir le pouvoir
Chapitre 5. Une vision du monde déconnectée du réel : le rejet pour programme
Conclusion
L’ascension d’Éric Zemmour sur la scène politico-médiatique repose sur le mythe d’un homme érudit et du côté du « peuple ». Il serait « cultivé », contre les « élites », « républicain », et pourrait restaurer la « grandeur perdue » de la France. Cet essai prend le parti de réduire à néant toutes ces affirmations, et bien d’autres, par une analyse intégrale de l’œuvre du polémiste.
L’exercice est inédit. La vérité d’un « intellectuel » ne se trouve pas dans ce qui se dit de lui, il faut donc passer au crible ses essais et ses romans pour cerner sa pensée et ne pas tomber dans le piège de la « petite phrase ». Zemmour méprise le « peuple », prône une justice de classes, exclut du « peuple » une grande partie de la population (« bobos », salariés « cosmopolites », enfants d’immigrés, musulmans), a tenu des propos antisémites pires que ceux concernant le maréchal Pétain, qui sont passés inaperçus.
Est-il cultivé ? Charly Salkazanov dévoile l’imposture ! Inventeur du « populisme lettré », Éric Zemmour tourne comme un poisson dans un bocal en usant toujours des mêmes citations d’un ouvrage à un autre, quand il ne recycle tout simplement pas ses bonnes pages.
Cet homme pourrait être notre prochain Président…
Alfred Spira est médecin et professeur d’épidémiologie.
Nicolas Leblanc est médecin de santé publique et élu local en charge du projet de territoire de santé de Fontenay-sous-Bois.
Le « syndrome de la vie de merde » est mortel. Autrement dit, les inégalités tuent. Issues de nos modes d’organisation éducative, sociale et politique, elles ont en effet des conséquences multiples, notamment sur la santé. Au milieu du 19e siècle, un médecin français, Louis René Villermé, fit une découverte qui allait révolutionner les représentations : la durée de vie, ce que l’on nomme aujourd’hui l’espérance de vie à la naissance, est bien moins déterminée par des forces occultes (les vents, les humeurs, les astres…) ou la volonté divine que par l’« aisance », le niveau des revenus et d’éducation, la profession et l’habitat. Les plus pauvres meurent plus jeunes ! La différence d’espérance de vie à la naissance en France est aujourd’hui de treize ans entre les plus pauvres et les plus fortunés. Derrière ces différences tout au long de l’échelle des revenus se cache une réalité sociale qui doit être comprise pour être corrigée. C’est la vocation de cet ouvrage d’expliquer ce que sont les inégalités sociales de santé et de montrer ce qui les détermine afin de tracer quelques perspectives pour y remédier.
Alfred Spira, médecin professeur d’épidémiologie, contribue à la prise en considération de la santé dans la dynamique sociale, face aux grands enjeux contemporains tels que les modifications de l’environnement, les migrations, l’accès aux droits humains.
Nicolas Leblanc, médecin de santé publique au sein du premier groupe mutualiste de protection sociale en France, est élu local en charge du projet de territoire de santé de Fontenay-sous-Bois et intervient en tant qu’expert dans de nombreux cercles de réflexion.
Le Sahel est une catégorie qui semble aller de soi. Évoquant les famines et les sécheresses des années 1970, les révoltes et insurrections depuis des décennies, le Sahel est vu avant tout comme une terre dangereuse. Peut-être en va-t-il ainsi parce qu’il s’agit d’une catégorie instable, hybride, intermédiaire entre le désert et la savane, entre le nomadisme et la sédentarité, entre des populations « blanches » (Touaregs, Maures), des populations « rouges » (Peuls) et des populations « noires », entre l’animisme et l’islam. Impossible donc de définir de façon stricte ce qu’il en est du Sahel, de ses limites, de ce qui le caractérise en propre. Il s’agit d’une notion arbitraire qui ne doit son existence qu’à la consolidation que lui ont fait subir un certain nombre de savants coloniaux et dans la foulée des écrivains et des cinéastes africains dont le plus célèbre d’entre eux est Mohamed Mbougar Sarr, lauréat du prix Goncourt 2021 pour son roman « La plus secrète histoire des hommes ». L’hypothèse de ce livre est que les problèmes d'aujourd’hui du Sahel sont en grande partie le résultat d’une représentation figée de l’Afrique de l’ouest.
Sommaire
Avant-propos
Introduction
Chapitre 1. Le Sahel, une catégorie coloniale française
Chapitre 2. Le formatage de l’intellectuel sahélien francophone
Chapitre 3. L’ethnicisation du conflit sahélien
Chapitre 4. Rhétoriques du pouvoir au Mali
Chapitre 5. L’excision et l’homosexualité comme enjeux politiques au Mali
Conclusion. Le Sahel fantôme
Annexes
Le Sahel est une catégorie, comme toutes les catégories qui s’appliquent à l’Afrique, ethniques et géographiques entre autres, qui semble aller de soi. Evoquant les famines et les sécheresses des années 1970, les révoltes et insurrections qui se produisent dans toute cette zone depuis des décennies, le Sahel est vu avant tout comme une terre dangereuse. Peut-être en va-t-il ainsi parce qu’il s’agit d’une catégorie instable, hybride, intermédiaire entre le désert et la savane, entre le nomadisme et la sédentarité, entre des populations « blanches » (Touaregs, Maures), des populations « rouges » (Peuls) et des populations « noires », entre l’animisme et l’islam. Impossible donc de définir de façon stricte ce qu’il en est du Sahel, de ses limites, de ce qui le caractérise en propre. Il s’agit d’une notion totalement arbitraire qui ne doit son existence qu’à la consolidation que lui ont fait subir un certain nombre de savants coloniaux et dans la foulée des écrivains et des cinéastes africains dont le plus célèbre d’entre eux est Mohamed Mbougar Sarr, lauréat du prix Goncourt 2021 pour son roman « La plus secrète histoire des hommes ». L’hypothèse de ce livre est donc que les problèmes de ce qui forme aujourd’hui le Sahel (en particulier la défaite de l’armée française) sont en grande partie le résultat d’une représentation figée de cette région géographique d’Afrique de l’ouest.
Points forts : invention coloniale du Sahel, critique des « intellectuels de cour » sahéliens, critique la littérature sahélienne comme porteuse d’une attitude pro-soufie, pro-animiste islamophobe, fémo et homonationaliste.
Bio-bibliographie
Anthropologue, Directeur d’études émérite à l’EHESS, ancien rédacteur en chef des « Cahiers d’études africaines », spécialiste du Mali et de l’étude de l’ethnicité, de l’identité et du métissage.
Principaux ouvrages
Au cœur de l’ethnie : ethnies, tribalisme et État en Afrique, avec Elikia M’Bokolo, La Découverte, 1985, rééd. La Découverte poche, 1999.
Logiques métisses : anthropologie de l’identité en Afrique et ailleurs,
Vers un multiculturalisme français : l’empire de la coutume, Aubier, 1996, « Champs », 2001
Branchements. Anthropologie de l’universalité des cultures,Flammarion, 2001, « Champs », 2005.
L’Occident décroché. Essais sur les postcolonialismes, Paris, Stock, 2008Fayard/Pluriel, 2010.
Rétrovolutions. Essais sur les primitivismes contemporains, Paris, Stock, 2010.
Avec Souleymane Bachir Diagne, En quête d’Afrique (s). Universalisme et pensée décolonialeParis, Albin Michel, 2018.
Le présent ouvrage entend éclairer les origines et les fondements du hirak echaâbi (mouvement populaire) algérien de février 2019. Ce mouvement n’est pas né ex nihilo. À partir de luttes, fragmentées et contraintes, a émergé, dans la diversité des revendications et des lieux, une pluralité de demandes qui se sont retrouvées dans le creuset qu’a constitué le mouvement du 22 février.
Ce mouvement est apparu ainsi comme un catalyseur de tous ces apports et transformations au carrefour d’un basculement générationnel, entendu ici comme espace-temps défini par une globalisation en œuvre. Cependant, ce mouvement marque une transformation par rapport aux formes de contestations et mouvements sociaux et politiques, depuis l’indépendance. Pour cela, l’ouvrage opère un retour sur la décennie 2010 qui en a vu la gestation. Il s’appuie sur des recherches empiriques, nourries d’une connaissance au plus près du terrain algérien, qui donnent à voir les étapes et les éléments constitutifs qui ont permis son déploiement loin de toute immédiateté et précipitation analytique, voire politique. Il ouvre sur des points de vue qui permettent d’éclairer les enjeux et soubassements sociaux et politiques de ce moment de l’histoire algérienne.
Aissa Kadri : Enseignant-chercheur, associé UMR-LISE/CNAM/CNRS. Ses travaux portent sur une analyse comparée des systèmes d’enseignement, sur la question des intellectuels et intelligentsias, les mouvements sociaux et de droits au Maghreb et en immigration, et la sociologie des migrations.
Table des matières
Remerciements
Introduction
Première partie : Fondements et enjeux des contestations
Violence politique et démocratie : une union forcée et tragique, Sonia Dayan-Herzbrun, Laboratoire du Changement Social et Politique (LCSP), université Paris Diderot-Paris 7.
Dignité, citoyenneté et post-démocratie. Regards croisés autour de la même Mer, Giovanna Campani, université de Florence.
Nouvelles circulations et créativité des femmes maghrébines en « déplacement », Gérard Prévost, Institut Maghreb Europe, université Paris 8, Saint-Denis.
Justice transitionnelle et réconciliation en Tunisie : réflexions introductives, Nada Ben Amor, doctorante en psychologie, université de Tunis
Deuxième partie : perspective générationnelle, État et acteurs sociaux
Révoltes arabes : la fausse exception algérienne, Aissa Kadri, université de Paris 8, Saint-Denis.
État et société civile en Algérie à la veille des « printemps arabes », Hocine Zeghbib, Maître de conférences de droit public université Montpellier III CREAM – Montpellier I.
Les bases sociales de l’État en Algérie, Salim Chena, chercheur associé à LAM (Sciences Po Bordeaux/CNRS), éditeur de la Revue en ligne Dynamiques Internationales.
Les élites militaires algériennes face aux recompositions de la société algérienne (1999-2019), Emmanuel Alcaraz, docteur en histoire, chercheur associé à l’IRMC et à l’ISP de l’université de Nanterre
Les émeutes de janvier 2011 en Algérie et la réaction de pouvoir politique, Abdelghani Issaadi, docteur en sociologie Paris 8, Saint-Denis.
Les protestations populaires au Mzab : Les heurts intercommunautaires au miroir de la génération politique, Ratiba Hadj-Moussa, département de sociologie, York University, Toronto185
Troisième partie : des pratiques contestataires en mutation
Islam politique, néo-fondamentalisme et « printemps arabe » en Égypte et en Algérie. De la complexité du rapport entre État et religion, Meriem Khelifi, docteure en sociologie, université de Paris 8, Saint-Denis.
Les réformes politiques du printemps arabe : verrouillage et atomisation de l’espace public, Rachid Tlemçani, professeur, université d’Alger 3.
Les réseaux sociaux et l’opinion publique algérienne lors de l’élection présidentielle 2014, Samir Ghezlaoui , doctorant en communication à l’université Rennes 2.
Les usages de la téléphonie mobile en Algérie : de la révolution culturelle à la révolution politique, Hazi Hanane, doctorante, université de Paris 8, Saint-Denis.
« Bezzzef ! » : Archéologie culturelle d’un mouvement contestataire Nazim Layadi, université de Paris 8, Saint-Denis.
Des mouvements inscrits dans la longue durée, la résilience du pouvoir autoritaire. Quelle sortie du « despotisme plébéien » ?,Aissa Kadri et Salim Chena
En guise de postface : les luttes continuent, l’Algérie à la croisée des chemins, Aissa Kadri
Conclusion, Aissa Kadri et Salim Chena
Comment faire basculer la France dans le socialisme ? S’ agit-il de passer par la voie des urnes ou celle des luttes ? Faire le choix des réformes ou de la révolution ? Quel chemin emprunter pour arriver à ce fameux « débouché politique » qui se cherche sans cesse ? Quelle organisation, quel parti, quelles alliances sont nécessaires pour cela ?
Ces questions ne sont pas neuves pour toutes celles et tous ceux qui ont l’émancipation et l’égalité au cœur, qu’anime la volonté de rompre avec un capitalisme mortifère, de changer le monde et la vie. Elles se sont posées crûment en 1974, année de présidentielle et de recomposition de la gauche partisane, taraudant les organisations politiques et syndicales comme leurs militant·es. Elles conservent encore aujourd’hui leur pertinence et méritent d’être remises sur le métier, encore et encore.
En 1974, Charles Piaget, syndicaliste CFDT de Lip et militant PSU de Besançon, est une voix qui compte. Il propose dans les textes de ce recueil des pistes pour tenter d’y répondre.
La guerre en Ukraine n’est pas seulement le produit des « délires paranoïaques » d’un homme, fût-il président d’une puissance qui compte, y compris sur le plan militaire. La pensée unique et les caricatures idéologiques qui n’ont cessé d’accompagner ce retour de la guerre en Europe font silence sur les trente années d’une page d’histoire déterminante, qui a contribué à réunir toutes les conditions d’une escalade et d’un conflit de haute intensité dont le peuple ukrainien paie le prix le plus élevé. Comprendre toutes les causes de cette guerre, comprendre l’erreur stratégique majeure de Poutine, le rôle décisif des États-Unis, de l’OTAN et plus généralement des puissances occidentales est indispensable au regard des effets de transformations globales de la situation internationale et du monde de demain dont ce conflit est porteur.
Recension
Table des matières
Introduction. De la revanche et de la puissance
Premier temps. Comment en est-on arrivé là ?
Deuxième temps. La dimension de l’enjeu
Troisième temps. Nucléaire : le risque et la rhétorique
Quatrième temps. Ce que la guerre nous dit de l’ordre international
Cinquième temps. Une guerre de l’Occident contre la Russie ?
Sixième temps. L’exigence d’un nouvel ordre
Conclusion. Sortir de la puissance, sortir de l’impuissance
Annexes : documents officiels, version intégrale en français
1- Projets de traité et d’ accord présentés par la Russie sur la question des garanties de sécurité en Europe
Avec les États-Unis
Avec l’OTAN
2- Réponses écrites des États-Unis et de l’OTAN aux projets de traité et d’ accord de la Russie
3- Lettre de Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, à 37 homologues de l’OSCE
4- Intervention de Vladimir Poutine justifiant la guerre en Ukraine (21 février 2022) 200
Bibliographie
La guerre en Ukraine n’est pas seulement le produit des « délires paranoïaques » d’un homme, fût-il président d’une puissance qui compte, y compris sur le plan militaire. La pensée unique et les caricatures idéologiques qui n’ont cessé d’accompagner ce retour de la guerre en Europe font silence sur les trente années d’une page d’histoire déterminante, qui a contribué à réunir toutes les conditions d’une escalade et d’un conflit de haute intensité dont le peuple ukrainien paie le prix le plus élevé. Comprendre toutes les causes de cette guerre, comprendre l’erreur stratégique majeure de Poutine, le rôle décisif des États-Unis, de l’OTAN et plus généralement des puissances occidentales est indispensable au regard des effets de transformations globales de la situation internationale et du monde de demain dont ce conflit est porteur.
À l’heure où l’économie mondiale est traversée par une succession de crises d’ampleur et d’intensité sans précédent, les produits de proximité suscitent un intérêt grandissant. Pour faire face aux risques induits par la mondialisation des échanges et la spécialisation géographique du travail, la relocalisation des activités de production est aujourd’hui plébiscitée. Dans l’agroalimentaire, la pandémie a donné un nouveau souffle aux « circuits courts » qui cherchent à réduire la distance marchande entre agriculteurs et consommateurs. Ce livre restitue le processus d’institutionnalisation de ces marchés ainsi que les multiples investissements dont ils font l’objet.
L’enquête pointe un phénomène paradoxal : l’intervention d’un certain nombre d’intermédiaires comme condition de félicité de marchés qui valorisent un rapprochement entre les agriculteurs et les consommateurs. Elle montre à quel point le succès des « circuits courts » s’explique par l’intervention de militants, chercheurs, et agents du ministère de l’Agriculture qui, souvent malgré eux, participent dans le même temps à leur réappropriation par les acteurs centraux du secteur agricole.
Sommaire
Introduction. Saisir l’incertitude et ses effets
Chapitre 1. De la contestation du Gatt aux Amap. La métamorphose de la cause de l’Alliance entre agriculteurs et consommateurs
Chapitre 2. Le succès des « circuits courts ». Co-production et circulation d’une catégorie d’organisation marchande
Chapitre 3. L’institutionnalisation du flou. Des circuits courts aux circuits de proximité
Chapitre 4. La proximité réinvestie par les intermédiaires
Chapitre 5. La structure de l’offre en « circuits courts »
Chapitre 6. La dynamique conservatrice de l’espace des producteurs
Liste des matériaux
À l’heure où l’économie mondiale est traversée par une succession de crises d’ampleur et d’intensité sans précédent, les produits de proximité suscitent un intérêt grandissant. Pour faire face aux risques induits par la mondialisation des échanges et la spécialisation géographique du travail, la relocalisation des activités de production est aujourd’hui plébiscitée. Dans l’agroalimentaire, la pandémie a donné un nouveau souffle aux « circuits courts » qui cherchent à réduire la distance marchande entre agriculteurs et consommateurs. Ce livre restitue le processus d’institutionnalisation de ces marchés ainsi que les multiples investissements dont ils font l’objet.
L’enquête sur laquelle se base cet ouvrage pointe dans un subtil jeu d’échelles un phénomène paradoxal : l’intervention d’un certain nombre d’intermédiaires comme condition de félicité de marchés qui valorisent un rapprochement entre les agriculteurs et les consommateurs. Elle montre à quel point le succès des « circuits courts » s’explique par l’intervention de militants, chercheurs, et agents du ministère de l’Agriculture qui, souvent malgré eux, participent dans le même temps à leur réappropriation par les acteurs centraux du secteur agricole.
Jean-Baptiste Paranthoën est post-doctorant à l’Université de Reims Champagne-Ardennes. Membre du Centre d’Études et de Recherches sur les Emplois et les Professionnalisations et associé au Centre d’Économie et de Sociologie Appliquées à l’Agriculture et aux Espaces Ruraux, ses travaux portent sur les modèles de développement économique alternatifs.
Emmanuel Macron affiche une grande fermeté sur la nécessité de faire une réforme des retraites. Peu lui importe si la justification qu’il en donne aujourd’hui contredit la précédent. Il voulait alors une réforme (prétendument) au nom de l’équité, avec un régime par points. Il veut aujourd’hui ce qu’il refusait fermement, à savoir une réforme paramétrique : reculer l’âge de départ pour faire des économies.
Dans la première partie de cet ouvrage, on réfute la présentation d’un financement des retraites menacé, en montrant l’injustice et le coût humain d’un recul de l’âge de départ ou d’un allongement de la durée de cotisation. Refuser ce projet ne signifie pas pour autant se satisfaire de la dégradation continue des retraites sous l’effet des réformes passées : décrochage du niveau de vie des retraité·es, inégalités entre catégories sociales, et entre femmes et hommes : c’est l’objet de la deuxième partie. Enfin, la dernière partie aborde les pistes possibles pour améliorer le système, et souligne l’importance de réfléchir sur les retraites en lien avec l’emploi, les conditions de travail et plus globalement le projet de société.
Publié en partenariat avec la fondation Copernic
9 Introduction
11 1. Réfutation du discours du gouvernement
Que dit vraiment le rapport du COR : le système de retraites n’est pas en danger
14 Les caisses de retraites doivent financer les retraites
16 La retraite à 64 ou 65 ans serait une régression pour de nombreuses personnes et une injustice
17 Le recul de l’âge de départ signifie une prolongation de la période de précarité
18 Dégradation de la qualité de vie
19 Inégalités d’espérance de vie et de revenus
19 L’allongement de la durée de cotisation pénalise les carrières courtes
22 Des gains d’espérance de vie revus à la baisse ; une espérance de vie en retraite également en baisse
23 Travailler plus : focalisation sur l’emploi des séniors
25 Travailler plus : oubli de l’emploi des femmes
28 La comparaison avec les autres pays ne peut pas se faire seulement sur l’âge de départ
29 Un minimum de pension à 85 % du SMIC ? une promesse ancienne jamais tenue
31 2. Refuser la « réforme » actuellement prévue ne signifie pas que le système de retraites est aujourd’hui satisfaisant.
Une situation moins mauvaise qu’ailleurs mais très insuffisante
32 La décision politique de plafonner les dépenses de retraite est responsable de cette dégradation
32 Dégradation des taux de remplacement, des pensions et des niveaux de vie
36 Les inégalités entre les femmes et les hommes, importantes, ne se réduisent que trop lentement
40 Des dispositifs de solidarité indispensables, mais qui distribuent beaucoup plus aux plus aisés
43 3. Améliorer le système et garantir l’avenir de retraites suffisantes
44 Partager plus équitablement la richesse produite
45 Réduire le temps de travail plutôt que l’augmenter
46 Poser la question du sens du travail
47 Lever les obstacles à l’emploi des femmes
48 Augmenter les salaires et le taux de cotisation, supprimer les allégements de cotisations
49 Revenir à des durées de carrière réalisables et à un calcul satisfaisant de la pension
50 Augmenter le minimum de pension
50 Supprimer la décote
51 Refonder les majorations pour enfants pour les rendre forfaitaires et unifiées
53 En conclusion, améliorer les ressources du système de retraite, c’est possible
55 Annexe 1. Retraites : répartition et capitalisation
56 Régime par annuités, par points ou en comptes notionnels
58 La logique de contributivité s’oppose à la logique de solidarité
58 Écarts de pension entre les femmes et les hommes
59 Comptes notionnels, pure contributivité
61 Annexe 2. Taux plein, décote, âge dit du taux plein
63 Annexe 3. Christiane Marty, « Les femmes, premières pénalisées de la nouvelle réforme des retraites », Travail, Genre et société, n°44, novembre 2020
Emmanuel Macron affiche une grande fermeté sur la nécessité de faire une réforme des retraites. Peu lui importe si la justification qu’il en donne aujourd’hui contredit celle de son précédent mandat. Il voulait alors une réforme (prétendument) au nom de l’équité, avec un régime par points. Il veut aujourd’hui ce qu’il refusait fermement, à savoir une réforme paramétrique : reculer l’âge de départ pour faire des économies.
Dans la première partie de cet ouvrage, on réfute la présentation d’un financement des retraites menacé, en montrant l’injustice et le coût humain d’un recul de l’âge de départ ou d’un allongement de la durée de cotisation. Refuser ce projet ne signifie pas pour autant se satisfaire de la dégradation continue des retraites sous l’effet des réformes passées : décrochage du niveau de vie des retraité·es, fortes inégalités entre catégories sociales, et entre femmes et hommes : c’est l’objet de la deuxième partie. Enfin, la dernière partie aborde les pistes possibles pour améliorer le système, et souligne l’importance de réfléchir à la question des retraites en lien avec l’emploi, les conditions de travail et plus globalement le projet de société.
Christiane Marty est ingénieure, membre du Conseil scientifique d’Attac et de la Fondation Copernic. Elle a notamment co-écrit
Retraites, l’alternative cachée, Syllepse, 2013.
Les banques centrales font régulièrement la une de l’actualité économique. Leurs décisions sont scrutées à la loupe par les marchés financiers et peuvent avoir des conséquences considérables sur la vie quotidienne des populations. Mais au service de qui fonctionnent-elles et quelle est la nature des politiques qu’elles promeuvent ? Ce livre montre toute l’ambiguïté d’organismes censés être au service de l’intérêt commun mais qui, en fait, mettent en œuvre des orientations qui, in fine, ne font que soutenir la finance. Quelle serait alors une politique monétaire au service d’une bifurcation écologique et sociale ? Ce livre en explore les voies et les moyens.
Ce livre sera disponible vers le 20 février 2023. Il peut être commandé dès maintenant
Pourquoi tant de votes RN dans les classes populaires ? La question est d’autant plus cruciale que la progression électorale d’un RN qui accélère sa « normalisation » et consolide sa « respectabilité », peut sembler inexorable. Si l’abstentionnisme reste majoritaire dans les classes populaires, le vote RN s’ancre néanmoins dans les anciens bastions ouvriers du Nord et de l’Est désindustrialisés et dans le « Midi rouge », et il étend désormais son emprise à l’ensemble du territoire. Le constat est d’autant plus paradoxal que l’ampleur de ces votes RN dans les classes populaires va à l’encontre de leurs intérêts matériels les plus évidents. Seule l’enquête permet alors de cerner « ce que voter RN veut dire » dans les classes populaires, de comprendre « les raisons » socialement diversifiées de ces votes et d’en élucider « les causes ». Les enquêtes rassemblées dans ce livre montrent que celles et ceux qui votent RN ne constituent pas un « électorat » mais, selon l’expression de Daniel Gaxie, « un conglomérat ». Elles invitent ainsi à s’interroger sur les conséquences politiques à en tirer avant qu’il ne soit trop tard…

Pourquoi tant de votes RN dans les classes populaires ? La question est d’autant plus cruciale que la progression électorale d’un RN qui accélère sa « normalisation » et consolide sa « respectabilité », peut sembler inexorable. Si l’abstentionnisme reste majoritaire dans les classes populaires, le vote RN s’ancre néanmoins dans les anciens bastions ouvriers du Nord et de l’Est désindustrialisés et dans le « Midi rouge », et il étend désormais son emprise à l’ensemble du territoire. Le constat est d’autant plus paradoxal que l’ampleur de ces votes RN dans les classes populaires va à l’encontre de leurs intérêts matériels les plus évidents. Seule l’enquête permet alors de cerner « ce que voter RN veut dire » dans les classes populaires, de comprendre « les raisons » socialement diversifiées de ces votes et d’en élucider « les causes ». Les enquêtes rassemblées dans ce livre montrent que celles et ceux qui votent RN ne constituent pas un « électorat » mais, selon l’expression de Daniel Gaxie, « un conglomérat ». Elles invitent ainsi à s’interroger sur les conséquences politiques à en tirer avant qu’il ne soit trop tard…
Gérard Mauger

Willy Pelletier
Ce fut le chantier de tous les paradoxes. Perdu sur une petite presqu’île de l’extrémité occidentale de l’immense continent eurasiatique, il fut au centre de polémiques, de controverses mais aussi d’actions et de quelques décisions sur la filière nucléaire en France et dans le monde. À Flamanville, maître d’ouvrage et grands groupes donneurs d’ordres imposèrent le retour à des règles sociales du passé pour construire le prototype de réacteur du futur. Censé être la tête de série des EPR en France, les retards, malfaçons et scandales accumulés semblèrent, l’espace de quelques années, condamner toute une filière industrielle majeure pour l’avenir de l’industrie de notre pays.
Mais ce n’était que l’apparence des choses. Il y avait une logique de fonctionnement d’un système organisé. Ce chantier manifestait, à l’ère du capitalisme financiarisé et globalisé, la contradiction entre les immenses potentialités humaines, scientifiques et technologiques de notre époque et les conditions économiques et sociales de construction d’un objet technique particulièrement sophistiqué.
Ce fut le chantier de tous les paradoxes. Perdu sur une petite presqu’île de l’extrémité occidentale de l’immense continent eurasiatique, il fut au centre de polémiques, de controverses mais aussi d’actions et de quelques décisions sur la filière nucléaire en France et dans le monde. À Flamanville, maître d’ouvrage et grands groupes donneurs d’ordres imposèrent le retour à des règles sociales du passé pour construire le prototype de réacteur du futur. Censé être la tête de série des EPR en France, les retards, malfaçons et scandales accumulés semblèrent, l’espace de quelques années, condamner toute une filière industrielle majeure pour l’avenir de l’industrie de notre pays.
Mais ce n’était que l’apparence des choses. Il y avait une logique de fonctionnement d’un système organisé. Ce chantier manifestait, à l’ère du capitalisme financiarisé et globalisé, la contradiction entre les immenses potentialités humaines, scientifiques et technologiques de notre époque et les conditions économiques et sociales de construction d’un objet technique particulièrement sophistiqué.
Comment sauver le vivant, nous compris ? En s’y reconnectant, clame une mouvance d’auteurs généreusement relayés par les médias. Or ces appels à repenser les liens entre humains et non-humains puisent dans un fond ancien, reconnaissable à sa stigmatisation de la science et de la production, désignés coupables de la catastrophe écologique en cours.
Il suffirait alors de s’en détourner pour remédier aux maux de notre Modernité. Par l’examen de trois cas, les auteurs montrent les impasses, voire les dérives de tels discours et la nécessité d’en prendre le contre-pied.
La question du bien produire devient cardinale. Notre survie suppose d’enquêter sur les conditions permettant non seulement de préserver la biosphère, mais aussi de développer nos capacités afin de mener des vies véritablement humaines. Quels désirs et activités durables peut-on infiniment cultiver à l’intérieur des limites planétaires ?

Alexandra Bidet, ancienne élève de l’École normale supérieure, agrégée de sciences économiques et sociales, est chargée de recherche en sociologie au CNRS. Elle s’intéresse aux façons dont nos activités quotidiennes, notamment de travail, nous amènent à explorer ce qui vaut, compte et mérite d’être fait. Elle est notamment l’auteur de L’engagement dans le travail. Qu’est-ce que le vrai boulot ? (PUF, 2011).

Vincent Rigoulet est professeur des écoles et doctorant en sciences de l’éducation. Ancien journaliste, il a vécu plusieurs années en Afrique. Philosophe de formation et agronome par passion, il réfléchit et mène des expérimentations sur les manières de développer une culture du vivant à l’école primaire, et faire ainsi de l’éducation un levier stratégique dans la lutte contre la catastrophe écologique.
Monsieur K survit dans une ville méditerranéenne. Une cité trempée dans le formol. Il est jeune. Il n’est pas spécialement heureux. Il n’est pas malheureux non plus. De toute façon, il n’a pas d’ambition particulière. Il est absent à lui-même. Il observe et attend puisque la vie est déconseillée sous ces latitudes.
Dans un taxi, il a une sorte de révélation. Il doit émigrer. Il va alors entreprendre un périple en quinze stations comme autant de chapitres, chacun portant le titre d’un roman ou d’une nouvelle du maître Franz Kafka.
Il découvrira la solidarité autant que la violence, l’amour et la vanité aussi, l’indifférence beaucoup, mais surtout un vaste champ où chacun doit fournir un effort surhumain pour se déplacer d’une seule case car il faut bien le dire, toutes les cases sont déjà occupées et personne ne vous attend jamais nulle part.
Cette épopée de la migration chez les jeunes des pays du Sud est une véritable comédie humaine où le temps ne s’écoule pas comme ailleurs. Monsieur K va accomplir son parcours mais aussi le raconter. Il manie avec brio une analyse cynique pour ne pas sombrer dans la folie du désespoir

Mohamed Sadoun a été enseignant et directeur d’école. Il est aujourd’hui haut-fonctionnaire. En 2017, il a publié Débâcle (éditions Casbah Alger), prix du roman Mohamed Dib 2018. Il est également l’auteur de Algérie la Nation entravée, un essai analysant le hirak algérien, publié aux éditions de l’Aube en 2019.
Le leader du peuple kurde, Abdullah Öcalan, a été arrêté en 1999 par l’État turc. Condamné à mort, après une parodie de justice, sa peine a été commuée à la réclusion à perpétuité après l’ abolition de la peine capitale.
Du fond de sa prison, il s’emploie à poursuivre une réflexion théorique et pratique qui se situe dans la lignée des grandes pensées émancipatrices
Ces plaidoyers traduisent une érudition profonde, une pleine conscience des enjeux contemporains et une volonté absolue de frayer de nouveaux chemins vers la liberté des peuples et plus particulièrement celle du peuple kurde.
Dans son appréhension de l’ étude globale des sociétés humaines, A. Öcalan centre sa réflexion dans ce troisième tome sur la véritable guerre livrée au vivant par l’impact des activités humaines dans le cadre du système capitaliste d’ accumulation, d’ appropriation privée et de dynamiques socio-écologiques qui y sont associées.
En juin 2023, un navire transportant près de 750 migrants coule au large du Péloponnèse faisant plusieurs centaines de morts. Quelques jours plus tôt, le Conseil des ministres de l’Union européenne parvenait à un accord sur les principaux volets d’un nouveau Pacte sur la migration et l’asile, s’inspirant des dispositifs testés dans les îles de la mer Égée, considérées ici comme de véritables laboratoires de l’Union.
L’ouvrage adopte une approche critique visant à dépasser la rhétorique officielle des autorités européennes qui masque la vocation réelle d’une politique sécuritaire de contrôle et d’exclusion des étrangers. Il met ainsi en lumière le changement de paradigme qui a conduit à une institutionnalisation de l’enfermement des migrants aux frontières de l’Union.
À partir d’exemples tirés de l’actualité juridique, une série d’encadrés pointent les convergences entre la politique migratoire européenne et celle de la France.
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Giulia Gelot est juriste et militante engagée pour la défense des droits humains.
En juin 2023, un navire transportant près de 750 migrants coule au large du Péloponnèse faisant plusieurs centaines de morts. Quelques jours plus tôt, le Conseil des ministres de l’Union européenne parvenait à un accord sur les principaux volets d’un nouveau Pacte sur la migration et l’asile, s’inspirant des dispositifs testés dans les îles de la mer Égée, considérées ici comme de véritables laboratoires de l’Union.
L’ouvrage adopte une approche critique visant à dépasser la rhétorique officielle des autorités européennes qui masque la vocation réelle d’une politique sécuritaire de contrôle et d’exclusion des étrangers. Il met ainsi en lumière le changement de paradigme qui a conduit à une institutionnalisation de l’enfermement des migrants aux frontières de l’Union.
À partir d’exemples tirés de l’actualité juridique, une série d’encadrés pointent les convergences entre la politique migratoire européenne et celle de la France.
Table des matières
Préface
Introduction
chapitre 1
La rhétorique de la crise migratoire au service d’une politique sécuritaire
Encadré 1 - L’enfermement des mineurs étrangers
en France
chapitre 2
La construction de la figure du migrant comme
indésirable
Encadré 2 - Le droit particulier des étrangers à Mayotte et l’opération « Wuambushu » de 2023
Encadré 3 – Le continuum de l’enfermement des
étrangers en France
chapitre 3
La « gestion » des arrivées en Europe : de dispositifs ad hoc à des modes de gouvernance pérennes
Encadré 4 – La « zone d’ attente » : le tri à la française
chapitre 4
Les îles grecques de la mer Égée comme laboratoire de la politique migratoire européenne
Encadré 5 – Le délit de solidarité face au principe de fraternité en droit français
chapitre 5
Le nouveau Pacte européen sur la migration et l’ asile : « Tout changer pour que rien ne change »
Encadré 6 - Le projet de loi immigration de 2023 : « Être gentil avec les gentils et méchant avec les méchants »
chapitre 6
L’externalisation des contrôles migratoires :
l’enfermement des migrants au-delà des frontières de l’Europe
Conclusion
Glossaire
Bibliographie
Table des abréviations
En juin 2023, un navire transportant près de 750 migrants coule au large du Péloponnèse faisant plusieurs centaines de morts. Quelques jours plus tôt, le Conseil des ministres de l’Union européenne parvenait à un accord sur les principaux volets d’un nouveau Pacte sur la migration et l’asile, s’inspirant des dispositifs testés dans les îles de la mer Égée, considérées ici comme de véritables laboratoires de l’Union.
L’ouvrage adopte une approche critique visant à dépasser la rhétorique officielle des autorités européennes qui masque la vocation réelle d’une politique sécuritaire de contrôle et d’exclusion des étrangers. Il met ainsi en lumière le changement de paradigme qui a conduit à une institutionnalisation de l’enfermement des migrants aux frontières de l’Union.
À partir d’exemples tirés de l’actualité juridique, une série d’encadrés pointent les convergences entre la politique migratoire européenne et celle de la France.
Depuis un an, les conséquences de la guerre en Ukraine ont rebattu partiellement les cartes pour les consommateurs comme pour les paysans français. Elles ont aggravé la situation. L'auteur plaide notamment pour la mise en place de politiques contractualisées avec des prix garantis dans le respect du cahier des charges signé entre les producteurs de matières premières agricoles et les transformateurs. Ces contrats existent dans certaines filières. Des paysans ont su promouvoir l’ agro-écologie sur leur exploitation, qu’ils produisent du lait, de la viande, des céréales, des légumes et des fruits, sans oublier le vin, l’une de nos rares filières à être encore excédentaire.
Au moment où le gouvernement prépare une nouvelle loi d’orientation et d’ avenir agricoles, sous la houlette d’un ministre de l’Agriculture devenu aussi ministre de la Souveraineté alimentaire, le livre analyse le contexte économique dans lequel ces débats vont se tenir.

Paysan d’origine, Gérard Le Puill est devenu journaliste en 1983, suite à la fermeture de l’usine de pneus où il fut ouvrier pendant 18 ans. Membre du PCF depuis 1964, il rappelle dans chacun de ses ouvrages que l’accès à son troisième métier, dans la presse écrite, eût été impossible sans une pratique rédactionnelle de militant ouvrier acquise à l’usine.
L’extrême droite nourrit une obsession souvent méconnue pour la question scolaire. C’est là, selon Éric Zemmour, que « la bataille culturelle et politique se joue avant tout ».
Retour à l’ordre, roman national, élitisme, haine de l’égalité, rééducation de la jeunesse, mise au pas des personnels... Au fil des polémiques sur le « grand endoctrinement » et des campagnes de délation des enseignant·es « déviant·es », la droite de la droite impose sa rhétorique et déroule son programme pour l’école : Autorité, Inégalité, Identité.
En remontant le fil de l’histoire, en allant voir du côté de l’étranger (Brésil, États-Unis, Hongrie, Turquie) ou en étudiant les villes laboratoires de l’extrême droite française, se lisent les dynamiques et les enjeux de cette contre-révolution scolaire conservatrice qui accompagne et inspire également l’agenda éducatif d’un néolibéralisme de plus en plus autoritaire.
Au-delà de la simple posture dénonciatrice, l’ambition de cet ouvrage est de doter d’outils historiques, pédagogiques et politiques celles et ceux qui n’entendent pas abandonner la critique du système éducatif aux seuls discours réactionnaires, ni surtout laisser l’extrême droite faire école.
Grégory Chambat est militant syndical et pédagogique. Il enseigne auprès d’élèves primo-arrivants dans un collège de Mantes-la-Ville (Yvelines), commune dirigée pendant 5 ans par le FN (de 2014 à 2020). Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages dont L’École des réac-publicains (Libertalia, 2016), Pédagogie et révolution (Libertalia, 2015) et L’École des barricades (Libertalia, 2016).
Cet ouvrage regroupe différents textes qui diversifient les points d’entrée sur le thème de l’écologie :
réchauffement et dérèglement climatiques, destruction de la biodiversité, extractivisme ;
besoins et biens communs, rapports nature/culture ;
marchandisation généralisée des échanges, économie, finance ;
décroissance, démondialisation, libre échange, néocolonialisme, migrations ;
rapports de domination, démocratie, auto-organisation, souveraineté populaire, écoféminisme.
Derrière les textes, une constante : l’analyse du capitalisme (sous toutes ses formes), du productivisme et de l’extractivisme comme moteurs essentiels de l’ère géologique dans laquelle nous sommes aujourd’hui : l’anthropocène ; que beaucoup préfèrent d’ailleurs qualifier de capitalocène.
Mais, un autre constat se dessine aussi : la nécessaire bifurcation écologique, obligatoire pour garder une Terre habitable pour tou·tes, elle va générer de facto des basculements d’ordre anthropologique, qui vont impacter toutes nos manières de faire Monde. Pour le meilleur comme pour le pire.
Livre disponible début décembre. Peut être commandé dès maintenant
La version numérique est disponible
Pascal Gassiot (coord.)
Claude Calame
Martine Billard
Jean-Marie Harribey
Pierre Khalfa
Avec l’invasion russe de l’Ukraine en 2022 et la dégradation des relations entre les États-Unis et la Chine, le constat d’une nouvelle guerre froide est devenu un lieu commun. En fait, affirme Gilbert Achcar, cette nouvelle guerre froide est en cours depuis la fin du siècle dernier.
En s’efforçant de consolider sa position hégémonique après la fin de l’URSS, Washington s’est aliéné la Russie et la Chine, poussant les deux pays à se rapprocher. L’ascension de Vladimir Poutine et la réinvention impérialiste de la Russie, ainsi que l’ascension de Xi Jinping et la dérive répressive du pouvoir chinois, se sont conjuguées avec l’exacerbation des tensions autour de l’Ukraine et de Taiwan.
Un autre monde, plus pacifique, était-il possible ? Dans cet ouvrage essentiel traduit de l’anglais, l’auteur, spécialiste reconnu des relations internationales, soutient que ce n’est qu’en comprenant comment nous en sommes arrivés là que nous pouvons commencer à imaginer les contours d’un autre monde.

Achcar est professeur en relations internationales et études du développement à l’École des études orientales et africaines (SOAS) de l’Université de Londres. Originaire du Liban, il a été enseignant à l’université de Paris-8 et chercheur au Centre Marc Bloch de Berlin avant de s’établir à Londres en 2007. Il est l’auteur de nombreux ouvrages traduits dans plusieurs langues, parmi lesquels en édition française : Le Choc des barbaries (2002, 2004, 2017), La Poudrière du Moyen-Orient avec Noam Chomsky (2007), Les Arabes et la Shoah (2009) et Le Peuple veut (2013).
Les contributions proposées dans ce numéro des Débats de l’ITS s’inscrivent dans la continuité de nos questionnements autour de la crise de la démocratie représentative occidentale. La situation politique française est inédite depuis les élections présidentielle et législatives de 2022.
C’est quoi la gauche aujourd’hui ? Quel est son avenir ?
Comment les débats citoyens dans tous les domaines peuvent-ils créer des dynamiques alternatives qui tiennent dans la durée, sans escamoter les contradictions qui existent ?
Ce numéro des Débats de l’ITS ne traite pas des conséquences du sanglant conflit actuel au Proche-Orient sur les gauches en France. Nous aurons l’occasion d’y revenir.
Daniel Richter
Jean-Pierre Hardy
Georges Gontcharoff
Gilles Seitz
Monique Dental et Sandra Frey
Gustave Massiah
Bertrand Badie
Emmanuel Terray
Jean Mendelson
Laurence Rossignol
Qu’elles soient maritimes ou terrestres, les frontières sont principalement destinées à trier les personnes selon leur (in)désirabilité. Constat accablant et sans appel, de part et d’autre de la Manche ou de la Méditerranée, comme dans les montagnes alpines et pyrénéennes, ces frontières tuent, blessent, enferment et refoulent les moins désirables des candidat·es à la migration.
La condition migrante propre aux recalé·es de cette sélection est le produit de pratiques d’agents de police, de fonctionnaires préfectoraux, et autres « faiseur·es de frontières », parfois impliqué·es inconsciemment voire malgré elles et eux dans le gouvernement des exilé·es. La frontière se manifeste à travers les multiples espaces de contrôle des mobilités, les techniques et technologies qui s’y déploient, et les gestes et discours des personnes qui les mobilisent.
Cet ouvrage décortique le fonctionnement néolibéral de la frontière contemporaine au plus près des expériences de celles et ceux qui la fabriquent, la rendent opératoire, la questionnent, et la contestent.
Il s’adresse à toute personne, universitaire et non, qui veut en comprendre les rouages et les effets.
Le 24 janvier 1924 s’éteignait Vladimir Ilitch Oulianov dit Lénine. Pratiquement inconnu sept ans auparavant, il fut en 1917 le grand artisan du basculement de la Russie vers un système sociopolitique inédit, qui marqua toute l’histoire du XXe siècle.
Il fut un « magicien » pour ses partisans, un monstre pour les plus acharnés de ses détracteurs, une énigme pour le plus grand nombre. Un géant de la révolution ? Le précurseur du « totalitarisme » ? L’initiateur de Staline ou son contraire ?
Un siècle plus tard, les polémiques battent toujours leur plein. Ce livre essaie de faire le point sur un homme clé de toute notre histoire contemporaine. Mais son parti pris est de considérer que réfléchir sur Lénine, c’est prendre la mesure de 75 ans de soviétisme et, sans doute, de 77 ans d’un « court XXe siècle » (1914-1991).
Ce livre sera disponible à la fin janvier 2024 (version papier) et mmédiatement pour la version numérique (PDF)

Historien du communisme, Roger Martelli a longtemps exploré les effets du « moment Lénine » sur l’histoire mondiale.
Il offre ici un nouveau regard global.
Ce livre réunit pour la première fois les discours les plus marquants prononcés dans l’enceinte de l’ONU. Fruit d’un minutieux travail de recherche dans les archives numériques de l’organisation internationale, il constitue la première anthologie historique des prises de paroles les plus significatives, prononcées par des hommes et des femmes remarquables, issus du monde entier, dans cette enceinte internationale créée en 1945. L’ONU a pour qualité de permettre à des leaders politiques, économiques, culturels et environnementaux de se rencontrer, à son siège à New York, ou lors de ses congrès ou forums dans le monde entier, afin de dialoguer, dans l’esprit du multilatéralisme et de la négociation collective.
Ces près de 50 discours retracent toute l’histoire des relations internationales depuis 1945, et illustrent la diversité des acteurs et des grandes personnalités qui ont marqué l’histoire du XXe et du XXIe siècle. Leurs paroles, souvent éloquentes, reflètent de manière humaine, incarnée, les grands enjeux et les grandes luttes politiques internationales de l’histoire mondiale et globale.
Chloé Maurel, ancienne élève de l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm, est agrégée et docteure en histoire contemporaine. Sa thèse, réalisée et soutenue à l’université Paris 1-Panthéon Sorbonne, portait sur l’histoire de l’Unesco. Après Histoire de l’Unesco (L’Harmattan, 2010), et Histoire des idées des Nations unies. L’ONU en 20 notions (L’Harmattan, 2015), elle a publié aux éditions du Croquant Une brève histoire de l’ONU au fil de ses dirigeants (2017), et Les Grands discours à l’Unesco (2021). Ses recherches portent sur l’histoire de l’ONU et de ses agences, de la gouvernance mondiale et des relations internationales contemporaines, de l’histoire mondiale et globale, et des peuples du Sud.
Dans l’histoire du conflit israélo-palestinien, c’est la première fois qu’une confrontation armée entre Israël et le Hamas à Gaza prend une telle dimension de violence meurtrière et destructrice.
Ce choc majeur aura des suites inédites. Il change la donne internationale. La question de l’après se pose avec une grande complexité. Les objectifs des uns et des autres, les conséquences prévisibles, les antagonismes ancrés dans l’histoire ne permettent pas d’entrevoir la nature d’une issue à construire.
Cet ouvrage cherche à répondre à ces interrogations, à analyser les causes et les responsabilités, à expliciter des enjeux déterminants. Il formule des options politiques souhaitables pour que la gravité de ce moment de guerre puisse au moins contribuer à une démarche éthique et politique positive, et à penser une solution de justice et de paix durable.
Jacques Fath est spécialiste des relations internationales et chercheur indépendant.
Il y a quelques dizaines d’années, comme le rappelle l’un des articles de ce numéro des Débats de l’ITS, des organismes internationaux classaient le système français de santé au premier rang mondial.
Nous n’en sommes plus là. Et pire, une crise très profonde, parfois décourageante, traverse toute la chaîne du soin, de la prévention aux Ehpad, en passant par la médecine de proximité et les hôpitaux publics. Cette publication se propose d’en analyser une bonne partie des causes avec bien sûr des propositions pour sortir de cette situation.
Nous avons bien conscience de ne pas avoir traité de tous les sujets relatifs à la santé. Nous aurions voulu, par exemple, approfondir la place des industries pharmaceutiques et leur rôle dans les pays du Nord et du Sud. Nous le ferons en une autre occasion.
Les migrations africaines sont le plus souvent perçues au travers d’un prisme européen, et construites comme un inéluctable mouvement de population du Sud vers le Nord – quand elles ne sont pas simplement présentées comme une « invasion ». Les contributions réunies dans cet ouvrage entendent battre en brèche ce qui n’est, au mieux, qu’une simplification, une marque d’ignorance ou, au pire, un discours politique situé dans le sillage de la méfiance, voire de la haine.
Ce travail collectif n’entend pas faire l’impasse sur les tensions entre marginalisation et intégration des Africain·es au cours de leurs mobilités au sein de leur continent, parfois aussi parsemées de violences multidimensionnelles exercées ou subies. Néanmoins, cette construction de l’Afrique par les Africain·es lient des espaces différenciés via le travail, la technologie, l’habitat, les luttes, l’éducation, les solidarités pour créer tant des lieux que des réseaux qui maillent du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest un continent d’une complexité régulièrement négligée, si ce n’est escamotée.
Chaque jour voit régresser les solidarités sociales institutionnalisées dans les pays anciennement industrialisés. Longtemps contenu par de fortes résistances, le reflux atteint en France son achèvement à travers les mesures « courageuses », selon les médias, c’est-à-dire prises contre l’opinion, des présidences Hollande et Macron. Ce mouvement peut sembler noyé dans le désordre de la crise sanitaire de 2020, mais c’est une illusion, il est ancien et maîtrisé : ainsi le « plan Juppé » de 1995 réussit-il à faire voter le budget de la Sécurité sociale par l’Assemblée, ce qui revient à le soumettre aux équilibres financiers du moment et aux aléas du jeu politique (1996 : Loi de Financement de la Sécurité Sociale, 1997 : loi instaurant l’ONDAM - Objectif National de Dépenses de l’Assurance Maladie). L’essentiel, l’ordre des priorités collectives, est ainsi touché.
Ce livre invite à revenir sur les circonstances qui ont fait naître, vivre et changer ce qui restera, pour une partie de l’humanité, une époque de solidarités et de sécurité.
Patrick Mortal est un historien spécialisé dans l’étude du travail, des politiques sociales et des mouvements syndicaux. Il anime l’Institut d’Histoire sociale des Travailleurs de l’État-CGT.