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1964 Naissance de la CFDT. 60 ans après

20,00 €
TTC

Soixante ans dans la CFDT, soixante-dix ans dans les combats syndicaux et quelques fois politiques : Pierre Héritier raconte comment il est devenu militant. Dans son entreprise, dans son territoire… comment et pourquoi cet engagement l’a conduit à devenir l’un des principaux dirigeants de la CFDT à l’époque d’Edmond Maire. Les conflits sociaux sont nombreux dans le bassin stéphanois. Des conflits légendaires comme la dernière grève des mineurs ou celle de Manufrance, des conflits exemplaires dans les PMI et les grands magasins.

La CFDT s’est aussi engagée dans les combats politiques, contre la guerre d’Algérie, pour le droit des peuples à disposer de leur avenir, contre l’OAS et les menaces qui pesaient sur la démocratie. Mais aussi pour la contraception et l’avortement. Elle s’est même engagée dans la transformation du paysage politique jusqu’ à participer à la reconstruction du Parti socialiste. Une faute certainement. La confédération, tirant alors les leçons de ce dérapage décréta la resyndicalisation, avant de rechuter en 1981 lors de l’élection de François Mitterrand, occasionnant la perte du tiers de ses adhérents.

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Pierre Héritier est né le 17 avril 1937 à Saint-Symphorien-sur-Coise (Rhône) ; employé de banque ; militant CFTC/CFDT dans la banque, secrétaire général de l’UD-CFDT de la Loire (1970-1973) puis de l’URI-CFDT Rhône-Alpes (1973-1982) ; membre du bureau national confédéral puis de la commission exécutive de la CFDT (1973-1988) ; fondateur et directeur général de LASAIRE (1989-1997) puis secrétaire général (1997-2003).

Livre
9782365124911

Fiche technique

Nombre de pages
350
Auteur
Pierre Héritier
Collection
Hors collection
Date de parution
août 2025

Références spécifiques

Recension par Dominique Plihon pour le réseau syndicollectif :

« 1964 Naissance de la CFDT – 60 ans après » par Pierre Héritier

Editions du Croquant 2025

Note de lecture par Dominique Plihon

Le livre rédigé par Pierre Héritier est passionnant à un double titre. D’abord, parce qu’il présente le témoignage d’un des principaux responsables de la CFDT sur l’évolution de ce syndicat qui a joué un rôle majeur dans le monde syndical pendant une période de notre histoire particulièrement riche. Le deuxième intérêt de cet ouvrage est la réflexion proposée par Pierre Héritier, dans une seconde partie, sur la crise de la démocratie qui est d’une grande actualité.

Pierre Héritier commence par raconter comment il est devenu militant dans son entreprise et sa région de Saint-Etienne, bastion ouvrier et de la résistance. J’ai beaucoup appris sur l’histoire de la CFDT en lisant son parcours qui l’a conduit à en devenir l’un de ses principaux dirigeants.

Les grandes questions qui ont accompagné l’histoire de la CFDT

Trois grandes questions ont alimenté les débats auxquels Pierre Héritier a participé au sein des mouvements de gauche, et qui ont façonné le syndicalisme. La guerre d’Algérie et la décolonisation qui ont conduit à la création du PSU en 1960 auquel Pierre Héritier a adhéré. C’est également la question de la déconfessionnalisation, au départ défendue par une minorité active dont Pierre Héritier faisait partie, qui a abouti à la transformation de la CFTC en CFDT, avec l’élection d’Eugène Descamps porté à la tête du syndicat pour conduire ce changement au congrès de 1964. Cette déconfessionnalisation de la CFDT a correspondu à une plus grande ouverture du syndicat aux questions sociales, au-delà des questions religieuses, qui explique sa progression rapide dans les années suivantes marquées par les mouvements sociaux de 1968 au cours desquels le nouveau syndicat a joué un rôle actif.

La troisième question, qui a marqué l’histoire de la CFDT, analysée avec beaucoup de recul par Pierre Héritier, a été sa relation avec les partis et le pouvoir politiques. Les années 1970 et 1980 ont été marquées par des prises de position de la CFDT, dont le secrétaire général était Edmond Maire, en faveur d’un rapprochement avec le PS, à l’occasion des Assises du socialisme en 1974 sous l’impulsion de Michel Rocard, d’une part, et du soutien au candidat unique de la gauche – François Mitterrand, à l’occasion des élections présidentielles de 1974 et 1981. Comme le reconnait Pierre Héritier p. 117 – 118), ce fut une erreur de confondre l’intervention du syndicat et celle du parti dans le champ politique, pour deux raisons : d’une part, une raison qui tient à la légitimité du syndicalisme, et d’autre part, au risque de confusion entre action syndicale et action politique. Cette proximité de la CFDT avec le pouvoir politique n’est pas sans rapport avec son manque de recul critique par rapport au tournant néolibéral du gouvernement d’Union de la gauche en 1983.

A la fin de la première partie du livre, Pierre Héritier analyse la question de la désunion entre les sept confédérations qui a considérablement affaibli le pouvoir syndical en France. Les responsabilités sont partagées, notamment par la CGT sous l’ère Krasucki (1982 – 92) et la CFDT d’Edmond Maire (1971 – 88) et surtout de Nicole Notat (1992 – 2002), alors que les tentatives d’ouverture de Louis Viannet puis de Bernard Thibault pour « un syndicalisme rassemblé » ont par la suite échoué.

Et Pierre Héritier de conclure que l’unité syndicale retrouvée en 2023 à l’occasion du vaste mouvement social contre la réforme antisociale et injuste des retraites de Macron, ainsi que l’autonomie des syndicats par rapport au pouvoir politique, sont la clé du renouveau syndical nécessaire à la préservation de la démocratie.

Une crise inquiétante de la démocratie face à la montée des défis

La deuxième partie du livre de Pierre Héritier, intitulée « Crises de la démocratie ? Réflexions citoyennes d’un militant syndicaliste » commence par souligner les défis auxquels est confrontée notre société et qui constituent une menace pour la démocratie si nous ne parvenons pas à y faire face. Les défis actuels sont liés à la transition écologique, à la lutte pour l’égalité entre les genres, la domination de la finance, les mutations technologiques, ainsi que les tensions géopolitiques entre pays anciennement industrialisés et colonisateurs et les pays émergents à la recherche d’une mondialisation plus équilibrée. A juste titre, Pierre Héritier souligne que, telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, la démocratie représentative est fragile et ne permet pas d’assurer l’adhésion des peuples pour vaincre les défis. En effet « les couches populaires ne font plus nation, car celle-ci est assimilée aux couches qui exercent le pouvoir et en sont les premiers bénéficiaires » (p. 230). Les partis de gauche ne réussissent plus à mobiliser et à unifier les laisser pour compte du capitalisme financier. La gauche a perdu sa base sociale, car le poids de la classe ouvrière a diminué, mais aussi en raison de son adhésion aux idées néolibérales, et à l’accent mis sur les questions sociétales, plus que les questions sociales. Il en résulte qu’une part croissante de la population « fait sécession » et se détourne de l’offre républicaine en faisant abstention et en confiant ses votes au RN. Ce discrédit de la démocratie va de pair avec une perte de confiance dans l’avenir, car l’ascenseur social ne fonctionne plus, l’école ne permet plus de réduire les inégalités, le déterminisme social reste une réalité.

Remettre au centre du jeu les éternels perdants de l’Histoire

Pierre Héritier avance deux propositions majeures pour redonner tout son sens à la démocratie. Tout d’abord, redonner du pouvoir aux ouvriers et aux employés qui, même si leur poids a diminué avec la désindustrialisation, représentent encore 40% de la population active. En raison des fortes hausses du prix de l’immobilier (le prix moyen du foncier a triplé de 2000 à 2020), la majeure partie de cette population s’est déplacée dans la périphérie des villes. C’est elle qui a constitué les gros bataillons des gilets jaunes. Cette population est éloignée des centres d’influence ; elle constate que le pouvoir économique et politique échappe à ceux qui travaillent, elle est absente de l’assemblée nationale et des cabinets ministériels, là où sont prises les décisions qui les concernent directement. Dans le nécessaire processus de réhabilitation de la démocratie, les syndicats ont un rôle important à jouer pour défendre le pouvoir des travailleurs, plutôt dans une perspective de contrôle que de gestion directe. Les partis et les forces progressistes doivent agir pour unifier, et non pas opposer, les catégories sociales précarisées et racisées qui sont les grands perdants du capitalisme contemporain.

Tisser la trame d’un nouveau compromis social

La deuxième proposition mise en avant dans ce livre s’inspire de l’analyse élaborée par les économistes de l’école de la régulation pour caractériser la période des « Trente glorieuses » d’après-guerre. Jusqu’à l’avènement du capitalisme néolibéral initié au Royaume-Uni à la fin des années 1970 par Margaret Thatcher dont l’un des objectifs était d’anéantir le pouvoir syndical, le capitalisme qualifié de Fordiste a fonctionné sur la base d’un compromis de fait entre les deux acteurs principaux, les travailleurs représentés par leurs syndicats, et les chefs d’entreprises, c’est-à-dire les capitalistes. Cette régulation du partage des richesses a permis une progression rapide des revenus du travail, indexés sur les gains de productivité. Ce qui a contribué au progrès social et à la forte croissance économique de cette période.

La proposition de Pierre Héritier est d’instaurer un compromis social sur de nouvelles bases adaptées à la période actuelle. L’enjeu principal de ce nouveau compromis pourrait être la transition écologique, permettant de concilier écologie et travail. La transition écologique pourrait contribuer à la création de nombreux emplois mais ne peut réussir que si l’ensemble des citoyens sont mobilisés, d’où l’idée de raisonner en termes de justice écologique et sociale. Ce serait là un des moyens de s’opposer à l’extrême droite, pour laquelle les politiques écologiques sont punitives et au détriment des citoyens.

Recension sur le site Lire à Saint-Etienne

ITV sur le site Lire à Saint-Etienne

Vous pouvez aussi vous procurer la version numérique

Soixante ans dans la CFDT, soixante-dix ans dans les combats syndicaux et quelques fois politiques : Pierre Héritier raconte comment il est devenu militant. Dans son entreprise, dans son territoire… comment et pourquoi cet engagement l’a conduit à devenir l’un des principaux dirigeants de la CFDT à l’époque d’Edmond Maire. Les conflits sociaux sont nombreux dans le bassin stéphanois. Des conflits légendaires comme la dernière grève des mineurs ou celle de Manufrance, des conflits exemplaires dans les PMI et les
grands magasins.

La CFDT s’est aussi engagée dans les combats politiques, contre la guerre d’Algérie, pour le droit des peuples à disposer de leur avenir, contre l’OAS et les menaces qui pesaient sur la démocratie. Mais aussi pour la contraception et l’avortement. Elle s’est même engagée dans la transformation du paysage politique jusqu’ à participer à la reconstruction du Parti socialiste. Une faute certainement. La confédération, tirant alors les leçons de ce dérapage décréta la resyndicalisation, avant de rechuter en 1981 lors de l’élection de François Mitterrand, occasionnant la perte du tiers de ses adhérents.

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Pierre Héritier est né le 17 avril 1937 à Saint-Symphorien-sur-Coise (Rhône) ; employé de banque ; militant CFTC/CFDT dans la banque, secrétaire général de l’UD-CFDT de la Loire (1970-1973) puis de l’URI-CFDT Rhône-Alpes (1973-1982) ; membre du bureau national confédéral puis de la commission exécutive de la CFDT (1973-1988) ; fondateur et directeur général de LASAIRE (1989-1997) puis secrétaire général (1997-2003).

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